Syndicats et ONG dans le développement social - Un partenariat nécessaire - par Dan Gallin (1999)

Ce document a été préparé pour l’Institut de Recherche pour le Développement Social des Nations Unies (UNRISD) ; il fait partie d’une enquête globale menée par l’UNRISD en 1999 sur les conditions du développement social.

Il cherche à explorer les problèmes qui se posent dans les relations entre syndicats et ONG. Ces relations, complexes, ont une longue histoire; elles vont d’une coopération rapprochée à des rapports plus problématiques. Quand les syndicats et les ONG collaborent, leur impact sur les événements sociaux et politiques peut être puissant. Lorsque leur collaboration ne fonctionne pas, cela peut freiner les projets des deux. Le succès ou l’échec de leur coopération influence donc à la fois l’orientation et le rythme du développement social, c’est-à-dire de la société mondiale dans des décennies à venir.


Les syndicats et les ONG sont tous deux des acteurs de la société civile. Ils ont chacun un programme spécifique pour le progrès de la société. Les syndicats ont toujours considéré que la défense à long terme de leurs membres les obligeait à œuvrer pour le bien-être du peuple et de la société dans son ensemble (y compris en défendant la démocratie politique et sociale, les droits de l’homme, la lutte contre la pauvreté, pour l’égalité et le respect de l’Etat de droit). Ils servent ainsi légitimement les intérêts de la société en général, tout comme les ONG qui agissent avec le désir d’améliorer la condition humaine.

Il y a environ vingt ans, l’auteur de ces lignes suggérait que les alliances entre les syndicats et les ONG devaient être un élément essentiel dans une stratégie syndicale internationale pour équilibrer le pouvoir grandissant des transnationales à l’échelle mondiale. Il estimait que le programme social général du mouvement ouvrier ne pourrait progresser que par « la construction de coalitions populaires élargies, centrées sur le mouvement syndical mais réunissant de nombreux groupes civiques ou mouvements populaires percevant tous, chacun à leur façon, le pouvoir des transnationales comme une menace sociale. »(1)

En vingt ans, ce pouvoir s’est encore accru immensément. Par le processus de la globalisation, le capital transnational est maintenant en situation de pouvoir échapper aux contraintes de la société politique, en particulier, du mouvement ouvrier et de la gauche politique. Non seulement il n’est même plus intéressé, comme durant les trente années d’après-guerre, à contribuer financièrement et politiquement à un compromis social, mais il vise l’hégémonie. Il fait passer ses propres règles comme étant celles de toute la société et s’est entouré de sa garde idéologique dans les universités et les media ; il a des revendications croissantes sur les ressources publiques pour son propre intérêt et répond à toute opposition avec une hostilité sans concession.

Ce contexte a influencé à la fois positivement et négativement les relations entre les syndicats et les ONG. Les divisions se sont accentuées parmi les ONG entre celles qui ressentent l’urgence d’une alliance avec les syndicats autour d’un projet commun et celles qui sont tentées de pactiser avec ce qui a été appelé le New Policy Agenda (2).

On observe la même polarisation entre résistance et accommodement dans le mouvement syndical, bien que les syndicats, par leur obligation de rendre des comptes, démocratiquement, à leurs membres, aient des choix stratégiques plus limités.

Dans la perspective du développement social, il est donc important d’identifier les domaines et les projets dans lesquels les syndicats et les ONG peuvent coopérer, de savoir à quelles conditions cette coopération est possible, et quels sont les obstacles ou les conflits d’intérêt qui peuvent survenir et pourquoi.

Les syndicats et les ONG sont tous deux des acteurs de la société civile. Ils ont chacun un programme spécifique pour le progrès de la société. Les syndicats ont toujours considéré que la défense à long terme de leurs membres les obligeait à œuvrer pour le bien-être du peuple et de la société dans son ensemble (y compris en défendant la démocratie politique et sociale, les droits de l’homme, la lutte contre la pauvreté, pour l’égalité et le respect de l’Etat de droit). Ils servent ainsi légitimement les intérêts de la société en général, tout comme les ONG qui agissent avec le désir d’améliorer la condition humaine.

Il y a environ vingt ans, l’auteur de ces lignes suggérait que les alliances entre les syndicats et les ONG devaient être un élément essentiel dans une stratégie syndicale internationale pour équilibrer le pouvoir grandissant des transnationales à l’échelle mondiale. Il estimait que le programme social général du mouvement ouvrier ne pourrait progresser que par « la construction de coalitions populaires élargies, centrées sur le mouvement syndical mais réunissant de nombreux groupes civiques ou mouvements populaires percevant tous, chacun à leur façon, le pouvoir des transnationales comme une menace sociale. »(1)

En vingt ans, ce pouvoir s’est encore accru immensément. Par le processus de la globalisation, le capital transnational est maintenant en situation de pouvoir échapper aux contraintes de la société politique, en particulier, du mouvement ouvrier et de la gauche politique. Non seulement il n’est même plus intéressé, comme durant les trente années d’après-guerre, à contribuer financièrement et politiquement à un compromis social, mais il vise l’hégémonie. Il fait passer ses propres règles comme étant celles de toute la société et s’est entouré de sa garde idéologique dans les universités et les media ; il a des revendications croissantes sur les ressources publiques pour son propre intérêt et répond à toute opposition avec une hostilité sans concession.

Ce contexte a influencé à la fois positivement et négativement les relations entre les syndicats et les ONG. Les divisions se sont accentuées parmi les ONG entre celles qui ressentent l’urgence d’une alliance avec les syndicats autour d’un projet commun et celles qui sont tentées de pactiser avec ce qui a été appelé le New Policy Agenda (2).

On observe la même polarisation entre résistance et accommodement dans le mouvement syndical, bien que les syndicats, par leur obligation de rendre des comptes, démocratiquement, à leurs membres, aient des choix stratégiques plus limités.

Dans la perspective du développement social, il est donc important d’identifier les domaines et les projets dans lesquels les syndicats et les ONG peuvent coopérer, de savoir à quelles conditions cette coopération est possible, et quels sont les obstacles ou les conflits d’intérêt qui peuvent survenir et pourquoi.

Les syndicats : de la reconstruction d’après-guerre à la globalisation

Pour comprendre la situation actuelle, il est nécessaire de revenir à la fin de la dernière guerre mondiale, quand le mouvement syndical s’est reconstitué dans la partie de l’Europe libérée de l’occupation nazie et au Japon.

En apparence, les conditions de cette ré-émergence paraissaient prometteuses. Le patronat était politiquement affaibli. À quelques honorables exceptions près, il était coupable d’avoir soutenu le fascisme, d’abord en Italie, en Allemagne et en Autriche, puis en Europe occupée. L’humeur politique de l’époque était anticapitaliste. En France, il y eut des nationalisations punitives. À leur premier congrès (Aalen), les démocrates-chrétiens allemands adoptèrent ce qui pouvait passer pour un programme socialiste. L’URSS, au sommet de son prestige, avec la moitié de l’Europe sous son contrôle, pouvait ne pas être socialiste, mais n’en était pas moins anticapitaliste. Au Japon, le patronat avait soutenu la dictature militaire et la guerre, et les autorités d’occupation, comme en Allemagne, avaient essayé de démanteler les trusts. Aux Etats-Unis, pouvoir dominant de l’après-guerre, le gouvernement était toujours démocrate, pro-syndical, et continuait sur la ligne du New Deal. En Grande-Bretagne, Attlee dirigeait un gouvernement travailliste réformateur.

Quel qu’il ait été par ailleurs, le fascisme avait en tout cas été une vaste entreprise de répression antisyndicale. Et les syndicats, associés à une gauche qui ré-émergeait, étaient portés par la victoire des Alliés, tandis que le patronat, du moins en Europe continentale et au Japon, avait perdu la guerre. C’est pourquoi les droits syndicaux, sous leur forme la plus étendue, ont alors été considérés comme allant de soi et intégrés dans toutes les législations d’après-guerre.

Mais le mouvement ouvrier qui avait ré-émergé dans ces conditions n’était plus celui d’avant la guerre. Il avait été saigné de ses dirigeants : au moins deux générations avaient disparu dans les camps de concentration, à la guerre, ou dans l’exil d’où peu étaient revenus. Les survivants se sont vite épuisés à la tâche et leurs successeurs manquaient d’entraînement, d’expérience et de vision politique

En Europe de l’Est (à l’exception de la Tchécoslovaquie) où le mouvement syndical n’avait jamais été très fort, les sociaux démocrates, les socialistes, les communistes dissidents et d’autres cadres indépendants qui avaient survécu à la guerre disparurent dans les prisons et les camps de travail du KGB. Les syndicats furent dissous par la force et remplacés, sous le même nom, par une administration du travail étatique et répressive.

Au Japon, deux types de syndicats ont émergé sous l’occupation américaine : ceux qui ont succédé aux organisations « patriotiques » de la dictature, en général basés dans les entreprises et contrôlés par la direction, et les vrais syndicats (eux aussi souvent aussi basés dans les entreprises) dirigés par des socialistes et des communistes qui sortaient de prison.

La reconstruction, en grande partie financée par les Etats-Unis (en Europe par le plan Marshall), s’est ainsi fait sur la base idéologique de partenariat social, c’est-à-dire en gros sur un compromis entre la paix sociale et la reconnaissance des droits du travail, ainsi que sur le consentement du patronat à participer politiquement et financièrement (par les impôts) à un Etat social. Une fois l’opposition radicale désarmée (les syndicats communistes en France et en Italie et, marginalement, l’extrême gauche) ce modèle allait prévaloir pendant les trente années suivantes.

Cependant la reconstruction a aussi pris place dans le contexte de la Guerre froide. Contrairement à ce que l’on croit souvent, la Guerre froide n’est pas la seule ni la principale raison de la scission qui s’est produite en 1947 au sein de la Fédération Syndicale Mondiale qui avait été créée juste à la fin de la guerre. L’opposition politique absolue entre la social-démocratie et les communistes, en tout cas dès l’émergence du stalinisme au milieu des années vingt aurait suffi à la provoquer. Mais la répression des syndicalistes socialistes ou indépendants dans les pays sous le contrôle de l’URSS l’a confirmée et aggravée. Certes, comme il est prouvé, la CIA a apporté sa propre contribution, destructrice, à la scission, mais tant ses partisans que ses adversaires en ont souvent surestimé les effets. Contrairement à la théorie policière de l’histoire, l’histoire ne se fait pas par des conspirations mais par le mouvement des forces sociales.

Il n’en reste pas moins que durant les quarante années ou plus qui ont suivi, un faux débat a dominé dans le mouvement ouvrier : celui de savoir qui du capitalisme (partiellement géré par la social-démocratie) ou du communisme (sous sa forme stalinienne) servait le mieux les intérêts des travailleurs. L’énorme machine de propagande mobilisée pour aligner le mouvement ouvrier de chaque côté d’une ligne verticale de séparation entre les deux blocs a grandement réussi à occulter la ligne horizontale - bien plus importante - de séparation entre les classes à l’intérieur des deux blocs.

La fin de la Guerre froide a coïncidé, grosso modo, avec la fin du boom économique de l’après-guerre. Le chômage massif a commencé à apparaître dans les pays industrialisés avec le premier choc pétrolier de 1974. Le Mur de Berlin est tombé en 1989 et l’URSS a été dissoute en 1991. Entre la fin des années 70 et la fin des années 80, le mouvement syndical des pays industrialisés, derrière une façade encore impressionnante, a continué à décliner et son héritage idéologique et politique s’est banalisé. La Guerre froide avait faussé ses priorités. Les organisations syndicales étaient encore puissantes mais avec des directions occupées à administrer les acquis des luttes antérieures plutôt que d’en lancer de nouvelles, restant en général complaisantes pour l’idéologie du partenariat social, sans imagination et formant leurs membres à la routine bureaucratique et à la passivité.

L’autosatisfaction et la dépolitisation du mouvement syndical dans la période de l’après-guerre ont eu un effet secondaire important : le déclin des ONG ouvrières.(3) Le mouvement ouvrier d’avant la Seconde guerre mondiale a été construit sur l’idée que toutes les questions sociales majeures étaient de sa responsabilité et qu’il se devait d’y apporter des réponses. Les aspects particuliers du combat général pour un monde meilleur étaient pris en charge par un mouvement socialiste de masse bien structuré qui se concevait non seulement comme un parti politique, mais comme une contre-culture et qui créait en son sein tous les organes ou institutions nécessaires.(4)

Cela incluait, à côté des partis socialistes et des syndicats, des organisations pour la défense des droits de l’homme, y compris les mouvements anti-coloniaux, pour l’égalité des sexes, la protection des consommateurs (le mouvement coopératif), de la santé publique, du logement, de la culture, de l’éducation, des loisirs.

Après la guerre, la plupart de ces organisations ont commencé à décliner. Dans de nombreux pays, elles ont soit disparu soit survivent avec un programme et des ambitions minimum. La perte de toute une couche de cadres idéologiquement engagés qui a contribué au déclin des partis socialistes de masse, devenus machines électorales, a de même précipité dans les syndicats l’abandon d’une vision politique plus large. Ce déclin s’explique aussi par le succès de l’idée selon laquelle toutes ces questions sociales autrefois prises en charge par le mouvement ouvrier pouvaient maintenant être transférées à l’Etat, cet Etat qu’il avait lui-même si grandement contribué à créer, auquel il participait activement et qu’il ressentait un peu comme sa propriété.

Cette vision des choses, déjà douteuse dans le meilleur des temps, est devenue carrément intenable quand l’Etat s’est vu contester à partir des années 80 son rôle de gardien du bien social et que sous des gouvernements de gauche aussi bien que de droite, ses engagements ont diminué. En même temps, le retrait des syndicats du terrain social avait laissé la place à des groupes activistes spécialisés, sans les liens traditionnels avec le syndicalisme. En ce sens, les ONG contemporaines peuvent être considérées, du moins dans de nombreux secteurs, comme les enfants illégitimes du mouvement ouvrier historique.

Le processus de globalisation de l’économie mondiale qui s’est accéléré dans les années 80 a trouvé un mouvement syndical totalement non préparé, tant aux niveaux national qu’international. Les principaux traits de la globalisation (révolution des communications et du transport, mobilité accrue du capital, en particulier financier) n’ont pas besoin d’être décrits ici, ils sont connus de tous les observateurs. De même que l’augmentation du nombre, de la taille et du pouvoir des sociétés transnationales (STN), les fers de lance et principaux bénéficiaires des changements technologiques qui portent la globalisation. Aussi important que leur propagation géographique, le changement des structures des entreprises transnationales, par l’outsourcing notamment, a provoqué la diminution de l’emploi permanent dans la production et les services. La précarisation de l’emploi, par l’intervention des sous-traitants aboutit souvent au travail individuel à domicile.(5)

En résumé, nous sommes dans une situation où les sociétés transnationales ont fortement accru leur pouvoir en deux décennies et où la mobilité du capital est pratiquement incontrôlée. Peu de STN dépendent aujourd’hui d’un seul marché intérieur et de ce fait des arrangements négociés avec les forces politiques et sociales du pays d’origine.

L’une des conséquences politiques majeure de cette émancipation est le déclin de l’Etat national, en premier lieu en tant qu’acteur économique.

L’Etat national a décliné en tant qu’employeur du fait des privatisations qui non seulement augmentent le pouvoir des STN qui rachètent les entreprises publiques mais privent aussi l’Etat de son influence sur les conditions de l’emploi.

L’Etat national a aussi décliné comme régulateur de la politique économique à cause des accords commerciaux internationaux qui réduisent l’emprise démocratique sur les politiques nationales, favorisant le transfert d’autorité à des STN qui ne sont responsables que devant leurs actionnaires.

Finalement, l’incapacité grandissante de l’Etat à contrôler les flux internationaux de capital a réduit sa capacité d’imposer le capital (6) et diminué sensiblement les revenus fiscaux avec lesquels sont financés les services publics et les programmes sociaux. Le consensus social qui dépend de la protection des faibles par l’Etat par la redistribution du produit social s’en trouve ainsi menacé.

Plus dangereuse encore, l’incapacité de contrôler le capital à l’intérieur des frontières nationales (par la loi ou d’autres mesures politiques) entraîne une perte d’influence de toutes les institutions nationales : les Parlements, les partis politiques, les centrales syndicales, en d’autres termes, de tous les instruments de contrôle démocratique qui existaient auparavant.

La réflexion idéologique qui est à la base de ces développements est le New Policy Agenda ou le Consensus de Washington : c’est « la croyance que les marchés sont efficients, les Etats non nécessaires, les pauvres et les riches sans conflit d’intérêts ; que les choses se passent mieux quand on les laisse tranquilles; que la privatisation, la dérégulation et le marché ouvert des capitaux favorisent le développement économique ; que les gouvernements devraient se contenter d’équilibrer leur budget, de lutter contre l’inflation et de ne faire presque rien d’autre ».(7)

Étant donné que la plupart des gouvernements sociaux-démocrates adhèrent, à des degrés divers, à ce credo (8), les syndicats ont vu diminuer le soutien de leurs alliés politiques traditionnels et de l’Etat. La dégradation de l’alliance entre les partis sociaux-démocrates ou travaillistes et le mouvement syndical a fait que les syndicats ont perdu nombre de leurs points de contact et d’ancrage dans la société politique. Et l’influence grandissante du patronat sur l’Etat (quel que soit le gouvernement au pouvoir) a affaibli ce dernier dans son rôle de défenseur des droits et de la sécurité acquis par les luttes ouvrières des décennies précédentes.

Cela se produit au moment où le mouvement syndical doit faire face à l’immense défi d’un marché du travail global, la conséquence sociale la plus importante de la globalisation. Le marché du travail global signifie qu’avec la mobilité du capital et la facilité des communications, les travailleurs de tous les pays, quels que soient le niveau de développement ou le système social dans lequel ils vivent , sont en concurrence les uns avec les autres dans une sous-enchère permanente, vu les différences de salaires énormes entre les pays et les régions, dans tous les secteurs de l’économie.

Cette sous-enchère à l’échelle globale a déclenché une spirale descendante implacable qui détériore les salaires et les conditions de travail par la dérégulation compétitive et le recours au travail « informel ». Et la diminution de l’emploi traditionnel dans les pays industrialisés n’est pas compensée par une augmentation parallèle dans les pays industriellement sous-développés du Sud et les pays en transition de l’Est, où le chômage reste massif et croissant et où les salaires demeurent dans la plupart des cas en dessous du seuil de pauvreté. Ce que perdent les pays industrialisés n’est donc pas récupéré, du point de vue économique et social, par les pays qui le sont moins. C’est que le capital transnational a pu imposer ses conditions aux Etats nationaux par la menace de s’en aller si elles n’étaient pas satisfaites. De plus, on oublie trop souvent le rôle de la répression qui maintient des conditions proches de l’esclavage, comme par exemple dans les zones franches ou en Chine, au Vietnam ou en Indonésie.

Le point à retenir, c’est que le marché du travail global n’est pas un marché du tout : il n’obéit pas à des lois économiques mais à des lois politiques. Le Consensus de Washington, qui appelle l’Etat à réduire ses fonctions au minimum, n’a rien à dire sur l’intervention massive de l’Etat sous forme de répression militaire et policière quand cela sert les intérêts du patronat. (9)

De nombreux observateurs ont déjà rendu compte du déclin du syndicalisme dans le monde, quoique encore en surestimant ce qu’il était. Par exemple, la plupart des statistiques sur l’affiliation syndicale avant 1989 incluent syndicats du bloc soviétique qui n’étaient autres que des organes étatiques d’administration du travail. Leur effondrement n’est pas une perte pour le mouvement ouvrier : c’est un gain pour autant qu’il débouche sur de véritables syndicats, aussi faibles soient-ils encore à ce stade.

La tendance au déclin a aussi de nombreuses exceptions : dans les pays où le contexte politique a été favorable au mouvement ouvrier, les syndicats ont soit gardé leurs membres soit les ont augmentés (par exemple dans les pays du Nord de l’Europe, en Espagne, aux Philippines, en Corée du Sud, en Afrique du Sud.)

Dans les principaux pays industriels cependant, les syndicats ont perdu des membres, dans certains cas de manière dramatique (10). C’est par exemple le cas aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne et au Japon. C’est largement l’effet de la globalisation décrit plus haut : diminution de l’emploi traditionnel par les transferts de production, la sous-traitance et la précarisation du travail, c’est-à-dire le transfert de l’emploi vers le secteur informel, non organisé et en expansion, et accroissement du secteur des services traditionnellement peu syndiqué.

La structure du mouvement syndical basée sur le territoire des Etats nationaux n’a pas facilité les choses. C’est de là que vient la relative faiblesse de ses organisations internationales, fédérations relâchées de syndicats nationaux habituées à penser et agir en termes nationaux dans un contexte global où le cadre national devient de moins en moins pertinent. Certaines des plus grandes ONG internationales actives dans les questions environnementales (comme Greenpeace) ou des droits de l’homme (comme Amnesty International) ont été plus rapides à s’adapter à la société mondiale.

À la fin des années 90, le mouvement syndical reste le seul mouvement universel et organisé démocratiquement à niveau mondial (11) qui défende, de manière explicite ou implicite, la vision d’une société fondée sur l’intérêt général et les valeurs de justice sociale, d’égalité et de coopération. Son attachement à ces valeurs, ainsi que sa capacité de résistance face à l’adversité, émanent de ses membres. Dans les dernières décennies, il est devenu isolé politiquement et il s’est affaibli dans sa substance. Pour reconquérir le terrain perdu, il a besoin de se globaliser lui-même afin d’affronter les STN sur leur terrain, d’organiser tout le secteur du travail informel, et de multiplier et d’approfondir ses racines dans la société civile. Ce sont là les trois principaux domaines d’action où le mouvement syndical doit progresser s’il veut pouvoir présenter une alternative crédible au Consensus de Washington. Dans aucun de ces domaines, il ne peut progresser sans la coopération avec les ONG concernées.

Le monde des ONG

Toute la littérature sur les ONG souligne leur grand nombre et leur diversité. Selon le Yearbook of International Organizations, plus de 16 000 ONG sont reconnues internationalement aujourd’hui (12). En Grande-Bretagne leur nombre est estimé à 50 000 dont 17 500 sont enregistrées comme ONG de bienfaisance selon la loi britannique. Au Canada, le Canadian Environmental Network of NGOs a 2000 groupes affiliés. Le Zimbabwe en compte environ 800. Au Bangladesh il en existe au moins 12 000 qui reçoivent des subsides du gouvernement local et central. En Inde, certaines estimations parlent de 100 000 et d’autres de 25 000 enregistrées dans un seul Etat (le Tamil Nadu). Le Kenya a 23 000 organisations de femmes. L’Ouganda a plus de 1000 ONG et plus de 20 à l’étranger. En Australie, plus de la moitié des services de l’assistance sociale du pays sont fournis par environ 11’000 organisations caritatives sans but lucratif. (13)

En 1997 il y avait 1356 organisations avec un statut consultatif au Conseil économique et social (ECOSOC) de l’ONU (14). En 1998, 892 ONG du développement étaient membres des plates-formes nationales dans les quinze pays de l’UE. (15)

La difficulté de s’y retrouver dans la complexité du monde des ONG est illustrée par les différentes tentatives afin d’établir des catégories. Une étude de la Commonwealth Foundation dresse une liste non exhaustive de 31 formes d’organisation (16). Les ONG peuvent aussi être classées selon leur degré d’indépendance ou, au contraire, de contrôle par des entités extérieures : gouvernements, business, groupes politiques ou sponsors ; ou par leur fonction : aide humanitaire et au développement, droits de l’homme, éducation, féminisme, environnement) ; ou par leur situation géographique : " Nord " et "Sud ". Enfin, il y a des réseaux et des fédérations internationales d’ONG ainsi que de grandes ONG qui opèrent à l’échelle globale avec des sections dans différents pays, comme Amnesty International). Une étude réalisée à la demande de la Conférence générale des Secrétariats professionnels internationaux (SPI) (17) qui résume leurs expériences établit 12 catégories et note que « des doublons sont inévitables. » (18)

Les possibilités de coopération entre les syndicats et les ONG ou les obstacles - ne dépendent pas de la taille, de la structure ou forme organisationnelle de l’ONG, ni même de sa fonction : certaines ONG travaillent sur plusieurs thèmes à la fois, souvent liés (il est difficile de promouvoir le développement durable sans s’occuper en même temps des droits humains, de l’éducation, de l’égalité).

La coopération entre syndicats et ONG dépend plutôt de l’existence d’objectifs communs à partager et de leur manière respective d’agir : légitimité, transparence, responsabilité, direction. De toute façon, il est difficile de généraliser car chaque cas est différent. Même si les syndicats ont plus en commun que les ONG, ils ne sont pas tous pareils : ils varient selon leur tradition politique ou leur culture d’organisation. La coopération dépend donc toujours de la convergence des objectifs, d’une compatibilité d’approche et du modus operandi des partenaires


Objectifs communs et coopération

Les syndicats, bien que concernés en premier lieu par les conditions de l’emploi et la place de travail, ont toujours eu des préoccupations plus larges en matière sociale et politique, qu’ils ont exprimé par des engagements, des points de vue, des programmes sur une variété de questions nationales et internationales : les droits de l’homme, le développement, l’éducation, l’égalité des sexes et le droit des femmes ou la protection de l’environnement. C’est sur ces questions en particulier que la coopération entre syndicats et ONG s’est développée. On en donnera quelques exemples dans ce chapitre.

Sur certaines de ces questions, les syndicats n’ont pas toujours accordé leurs actes à la théorie. Se concentrant sur ce qu’ils considéraient comme leur activité la plus importante, ils ont négligé des questions plus générales perçues comme de moindre importance ou du ressort d’autres. Ces choix s’expliquent en partie par la baisse des compétences politiques au sein du mouvement ouvrier et en partie par la division des tâches dans le mouvement, les syndicats laissant à ses agences spécialisées le soin de prendre en charge ces questions. Mais, comme nous l’avons vu, ces agences spécialisées - des ONG ouvrières avant la lettre - ont elles-mêmes perdu beaucoup d’influence après la guerre.

En même temps, les changements de la société sous l’effet de la globalisation ont conduit à une explosion du nombre des ONG dont beaucoup s’occupent de « gouvernance sociale et de progrès ». (19) Toutes les questions sociales et politiques qui appartenaient aux préoccupations typiques du mouvement syndical, y compris les questions centrales de l’emploi et des salaires, intéressent désormais une multitude d’ONG locales et internationales.


Droits humains et droits des travailleurs

Du fait de leur origine dans les révolutions démocratiques du XIXe siècle, les syndicats se sont toujours identifiés avec la lutte pour les droits de l’homme. Mais en plus de ces raisons historiques, les syndicats, contrairement à d’autres acteurs sociaux comme les églises ou les associations patronales, ne peuvent pas exister et agir dans un environnement où ces droits ne sont pas respectés, comme sous les dictatures militaires ou dans les Etats policiers, à moins de passer à la clandestinité. Dans la clandestinité, ou ouvertement, les syndicats ont été à l’avant-garde de la plupart des batailles cruciales pour la démocratie : dans l’histoire récente, en Espagne, en Pologne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie, en Afrique du Sud, au Brésil, en Corée, en Chine.

De plus, presque toutes les préoccupations de base des syndicats sont des questions de droits de l’homme, à commencer par le plus élémentaire : le droit d’exister. Les restrictions du droit de s’organiser et du droit de faire grève, qui font partie du droit de négociation collective, sont des atteintes aux droits humains fondamentaux tels qu’ils sont énoncés dans les résolutions de l’ONU et les normes de l’OIT.(20)

C’est pourquoi il y a eu une coopération étendue entre les syndicats et les organisations de défense des droits de l’homme, particulièrement au niveau international. Par exemple, la plupart des SPI et la CISL travaillent avec Amnesty International (AI), soit sporadiquement, soit au cas par cas, soit de façon continue pour défendre des travailleurs contre la répression étatique ou para-étatique. La principale forme de coopération est l’échange d’information. AI enquête de manière approfondie sur les plaintes, ce qui crédibilise ses campagnes. Les SPI ont accès à ces informations et celles qu’ils lui transmettent à leur tour font l’objet de vérifications. Lorsqu’il s’agit de syndicalistes, ils peuvent bénéficier d’une campagne de AI.

De 1979 à 1985, AI a joué un rôle clé dans une campagne lancée par l’UITA (21) pour protéger un syndicat - représentant les travailleurs d’une usine d’embouteillage de Coca-Cola en franchise au Guatemala - de l’extermination par la terreur, allant jusqu’à l’assassinat de ses dirigeants (22). Cette campagne s’est déroulée en deux phases (1979/81 et 1984/85). Sur la première page de son rapport de 1981, le secrétaire général de l’UITA relevait, pour expliquer le succès de cette campagne,» l’extrême importance de la collaboration avec d’autres organisations, celles qui émanent des églises (ICCR(23), le American Friends Service Committee) et Amnesty International. C’est cette coordination de l’action et la communication qui a accru la pression sur l’entreprise et permis l’information rapide sur les événements au Guatemala même. Ce sont ces groupes qui ont fourni les contacts à l’intérieur du pays, y compris entre les travailleurs de Coca-Cola. Grâce à ces canaux directs d’information, l’UITA a pu mobiliser rapidement ses membres quand un événement l’exigeait ». (24)

La coopération entre les SPI et les ONG des droits de l’homme se retrouve aussi dans d’autres situations où ces droits sont violés. La Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) collabore avec AI et d’autres sur la liberté de la presse et la défense des journalistes. L’UITA et la Fédération Internationale des Travailleurs des Transports (ITF) travaillent avec des ONG telles que ECPAT (End Child Prostitution in Asian Tourism, Arrêter la prostitution des enfants dans le tourisme asiatique)) dans l’industrie touristique. La FITCB (25) a coopéré avec la Société anti-esclavagiste sur le travail forcé et avec diverses ONG sur le travail des enfants. L’Internationale de l’Education (IE) et ses affiliés nationaux (des syndicats d’enseignants) ont collaboré avec des ONG pour la marche globale contre le travail des enfants, et pour la marche mondiale des femmes en 2000.

Dans les dictatures où les syndicats sont victimes d’une répression telle qu’ils doivent parfois rester clandestins, ce sont souvent les ONG, et souvent d’obédience religieuse, qui ont fourni une base pour l’organisation des travailleurs et leur défense. Il y en a des exemples en Indonésie (jusqu’à aujourd’hui), en Corée (jusqu’à la fin des années 80), aux Philippines (sous Marcos), en Pologne (le Comité de défense des travailleurs, KOR, de 1976 à 1981), en Afrique du Sud (au début des années 70). Au Nigeria, sous la récente dictature militaire, la Fédération internationale des travailleurs de la chimie (ICEM)(26) a collaboré avec des ONG des droits de l’homme pour le lancement de campagnes pour la libération de syndicalistes emprisonnés.

Dans la plupart de ces exemples, les ONG et les travailleurs qui cherchaient à créer des syndicats ont dû faire face non seulement à un Etat répressif mais aussi à des centrales syndicales nationales soumises à cet Etat ou contrôlés par lui. Lorsque ces centrales ont pu adhérer à des fédérations syndicales internationales, elles ont réussi dans certains cas (Indonésie, Corée, Philippines) à affaiblir ou à retarder la solidarité du mouvement syndical international.

Les alliances ONG/syndicats ont aussi joué un rôle important dans l’organisation des travailleurs dans les secteurs ou dans des régions faiblement syndiqués. C’est le cas des travailleurs ruraux et des petits paysans, la majorité de la force de travail mondiale. Par exemple l’UITA est membre de EUROBAN, une coalition de syndicats et d’ONG qui travaillent ensemble sur la question de la commercialisation de la banane.

La Fédération internationale des travailleurs du textile, du vêtement et du cuir participe à la Clean Clothes Campaign (CCC), une coalition qui a vu le jour aux Pays-Bas en 1990 pour améliorer les conditions de travail dans l’industrie du vêtement à l’échelle mondiale. Elle comprend des syndicats, des organisations de consommateurs, des groupes de femmes, les organisations de développement, des magasins du monde, etc. Depuis 1995, la CCC s’est étendue à d’autres pays européens. Des campagnes similaires, en collaboration avec la CCC, existent également en Australie, au Canada et aux Etats-Unis

La CCC s’est d’abord intéressée à l’Asie et plus récemment à l’Afrique et l’Europe centrale et orientale. Les organisations impliquées dans les différentes CCC nationales sont les syndicats et les ONG qui ont leurs propres organisations partenaires dans les pays producteurs. La CCC soutient les travailleurs dans les conflits, elle a même un petit fond de grève. Elle cherche aussi à aider les travailleurs à domicile et les ouvriers des ateliers clandestins en Europe occidentale, en faisant pression sur les gouvernements afin de renforcer la législation de protection du travail (27).


Développement

Les syndicats des pays industrialisés ont considéré comme de leur devoir de s’occuper du développement, aux niveaux national et international. Dans la plupart des cas, ils se sont focalisés sur le développement syndical par des programmes d’éducation et d’organisation.

Ces activités sont prises en charge par des organisations syndicales internationales (tels que les SPI), et sont en général financées par des fonds de développement publics quand les fédérations ou les centrales nationales y ont accès, comme dans la plupart des pays de l’Europe de l’Ouest, au Canada, aux Etats-Unis et au Japon. Certaines centrales nationales ont leur propre département international, par exemple LO en Norvège ou le FNV aux Pays-Bas ; d’autres ont créé leur agence de développement, comme le « LO/TCO Council for International Cooperation » en Suède, le « LO/FTF Council » au Danemark, le SASK en Finlande, ISCOD en Espagne (UGT), l’ « American Center for International Labor Solidarity » (AFL-CIO) ou la « Japan International Labour Foundation » (JILAF)).

Certains des grands syndicats interprofessionnels nationaux (par exemple UNISON en Grande-Bretagne, SID au Danemark, Bondgenoten FNV aux Pays-Bas) ont des programmes similaires sur une base bilatérale.

Dans certains pays de l’UE, les organisations syndicales sont membres des associations nationales d’ONG de développement (par exemple le SiD et le Conseil LO/FTF au Danemark, la Fédération de la métallurgie et celle des travailleurs municipaux en Finlande, Le Conseil des syndicats du Commonwealth en Grande-Bretagne (28).

Au Canada, quatre syndicats ont créé leur propre ONG pour leurs activités de développement qui vont de l’aide humanitaire à la solidarité syndicale et la défense des droits de l’homme. Ce sont : le Fonds pour la justice sociale du syndicat canadien des travailleurs de l’automobile, (CAW), le Fonds humanitaire du Syndicat du papier et de l’énergie (CEP), le Fonds d’aide syndicale du Syndicat des fonctionnaires (CUPE) et le Fonds humanitaire du Syndicat des travailleurs de l’acier.

En plus des syndicats, des ONG du mouvement ouvrier font aussi de l’action de développement ; certaines d’entre elles, devenues plus actives à niveau international, ressentent l’urgence d’aider le mouvement syndical à affronter la globalisation. Par exemple, celles d’entre elles qui sont liées aux partis socialistes et au mouvement syndical sont organisées internationalement au sein du réseau SOLIDAR (21 organisations membres dans 15 pays plus une fédération internationale)

SOLIDAR mène une campagne à l’OMC avec la CISL sur le thème « Les droits des travailleurs sont des droits humains ». Le but est d’inscrire les principales normes de l’OIT dans les accords commerciaux internationaux (les fameuses « clauses sociales »). Cette campagne a cependant révélé un conflit majeur entre le mouvement syndical et certaines coalitions d’ONG, comme Third World Network, illustrant certains des grands obstacles politiques et culturels qui restent à franchir.

Le Centre international pour le commerce et le développement durable a été créé à Genève pour rassembler les principales ONG de l’environnement et du développement qui cherchent à influencer les décisions de l’OMC. Il est financé par Oxfam, par la fondation hollandaise NOVIB, par Christian Aid, par des groupes religieux allemands et américains, des fondations nord-américaines (Ford, MacArthur), des agences de l’UE et d’entraide au Danemark, aux Pays-Bas, en Suède, en Suisse et en Grande-Bretagne. Il est ouvert à la collaboration avec les syndicats et il est probable qu’e celle-ci se développera en particulier avec les SPI.

Les fondations politiques allemandes sont un cas spécial car elles sont financées par des fonds publics en proportion des votes obtenus aux élections législatives nationales par les partis auxquels elles sont liées. La Fondation Friedrich-Ebert, social-démocrate, a les liens les plus étroits avec le mouvement syndical international, elle a un programme de développement syndical important au niveau international, à la fois bilatéral et à travers les SPI. Elle soutient aussi des coopératives, des groupes politiques et des ONG locales. Son équivalent démocrate-chrétienne, la Fondation Konrad-Adenauer, sponsorise aussi des programmes syndicaux, comme le font certaines fondations de moindre importance.

En Suède, le Centre International Olof Palme est une ONG syndicale fondée en 1992 par le parti social-démocrate, la centrale nationale LO et le Mouvement coopératif, pour « coordonner, développer et renforcer la participation et l’intérêt du mouvement ouvrier dans les questions internationales ». Trente-quatre organisations politiques, culturelles, coopératives et syndicales de Suède en sont membres.

En résumé, le mouvement syndical, surtout dans les pays les plus industrialisés, mène d’importantes actions de développement, à la fois sur une base bilatérale et à travers des organisations internationales. Il se concentre principalement dans les pays dits en voie de développement sur la construction de l’encadrement institutionnel du développement syndical et du mouvement populaire. Mais malgré l’importance de leur engagement dans le développement, ce n’est pas là que les syndicats rencontrent le plus les ONG, à moins qu’il ne s’agisse d’ONG créées pour ce but. Dans ce domaine, les syndicats agissent en général directement ou en sous-traitant sous leur propre nom. C’est entre eux que sont discutées les politiques et les stratégies du développement, les questions telles que relations bilatérales ou multilatérales (avec celle qui en découle: la responsabilité de rendre des comptes) ou le choix des priorités: assistance humanitaire, ou alors assistance institutionnelle avec l’objectif de changer le rapport de force politique dans la société.

Cependant il existe certains exemples de coopération avec des ONG non syndicales. Certains SPI collaborent avec Oxfam International (OI), une coalition récemment créée d’importantes ONG nationales de développement. Dans le passé, plusieurs SPI ont coopéré avec les branches nationales de OI comme Oxfam UK et NOVIB Pays-Bas. Durant le sommet du G-9 à Cologne en juin 1999 L’Internationale de l’Education et OI ont demandé ensemble l’annulation de la dette afin de favoriser l’éducation. À la réunion de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International d’automne 1999, IE et OI ont montré les conséquences des politiques d’ajustement sur l’éducation. EI travaille aussi avec ActionAid, une ONG de développement britannique, sur une campagne internationale pour l’amélioration de l’éducation publique. Dans 21 pays du Sud et dans 4 pays européens, cette campagne est soutenue par des groupes religieux, des organisations des droits humains, des syndicats d’enseignants, des associations de femmes et une série d’ONG nationales et internationales. (29)

Il est rare que des ONG se soient engagées en partenariat avec les syndicats. Mais un exemple de réussite est la création de la Confédération des syndicats de Hong Kong (HKCTU), la centrale indépendante de Hong Kong . C’était à l’origine un projet commun d’organisation d’un syndicat réunissant l’UITA et le Hong Kong Christian Industrial Committee (HKCIC). Le projet, financé par l’agence de développement des syndicats suédois, le Conseil pour la coopération internationale du LO/TCO, a vu le jour en 1983 et a conduit à la création, en 1984, du Bureau de l’Education de l’UITA de Hong Kong, devenu plus tard le Centre d’éducation syndicale de Hong Kong (HKTUEC), une opération conjointe de HKCIC et de plusieurs SPI. De là est sortie en août 1990 la Confédération des syndicats de Hong Kong (HKCTU) qui compte aujourd’hui approximativement 140 000 membres et est devenue la deuxième centrale syndicale à Hong Kong.


Éducation

Dans le domaine de l’éducation également les syndicats ont préféré travailler soit pour leur propre compte soit avec des ONG syndicales. L’organisation internationale des ONG de l’éducation (liées au mouvement ouvrier) est la Fédération internationale des associations pour l’éducation des travailleurs (FIAET) (75 organisations dans 51 pays et 6 organisations internationales affiliées) qui a été fondée en 1947. Ses affiliés nationaux comprennent des ONG spécialisées dans l’éducation liées aux partis socialistes ou aux syndicats (souvent à travers leur département de l’éducation), des instituts de formation, des think tanks et des instituts de recherche. Les affiliés internationaux sont SOLIDAR (une affiliation réciproque : la FIAET est aussi membre de SOLIDAR), 4 SPI et une fédération régionale latino-américaine de formation pour adultes.

En 1993, la FIAET a révisé sa charte afin de mettre en évidence ce qu’elle partage avec d’autres organisations du mouvement ouvrier (30). Par une décision de sa Conférence générale de 1996 de « renforcer la capacité d’organisation globale du mouvement ouvrier » la FIAET a lancé les « Cercles d’études internationaux » (CEI) pour faciliter la formation syndicale sur les questions concernant la globalisation.

Un cercle d’études international consiste à réunir par l’internet les participants de cercles d’études locaux dans plusieurs pays, et à les faire travailler ensemble, sur le même programme, avec du matériel et une méthode de formation communs. Chaque cercle local a un moniteur. Entre les réunions, chaque groupe a accès par l’Internet aux résultats des discussions et travaux des sessions, y compris ceux d’autres pays.

Deux cours pilotes sur les sociétés transnationales impliquant 12 pays ont eu lieu en 1997 et 1998. En 1999 la FIAET a conduit deux cercles d’études internationaux en partenariat avec l’UITA et la Fédération internationale des métaux sur des sociétés transnationales. Le but est que les liens créés lors du cercle d’études entre les syndicats locaux dans les entreprises perdurent et constituent la base du réseau syndical international. C’est ainsi que, s’agissant des sociétés transnationales, les CEI aident à « renforcer la capacité d’organisation globale du mouvement ouvrier ». La méthode peut évidemment être utilisée par tous les groupes qui cherchent à créer des réseaux internationaux. De fait, la FIAET a lancé un troisième CEI sur l’industrie alimentaire mondiale pour les femmes dans les syndicats, les associations et les ONG. (31)

Au niveau national, il existe une coopération régulière entre les membres non syndicaux de la FIAET (mais liés au mouvement ouvrier) et les syndicats. Par exemple sous la forme de services - LEARN aux Philippines donne des cours de formation pour la centrale syndicale Alliance of Progressive Labour (APL) et certains de ses membres - ou de programmes de formation communs – l’association d’éducation ouvrière suédoise, ABF, coopère avec des syndicats suédois pour la formation dans les Etats baltes, en Europe centrale ou orientale.

Dans certains cas, des sponsors non syndicaux ont soutenu des ONG syndicales d’éducation (y compris des membres de la FIAET) qui ont été ou sont toujours en opposition avec le mouvement syndical officiel de leur pays. Cela a souvent été le cas lorsque ce mouvement syndical était contrôlé par l’Etat et les ONG étaient le moyen d’encourager la création d’un mouvement indépendant. Les cas de l’Indonésie, de la Corée du Sud et des Philippines ont déjà été mentionnés. Un exemple actuel est le soutien apporté par la Fondation hollandaise NOVIB au Center for Trade Union and Workers’ Services en Egypte (affilié à la FIAET). Ce genre de situation pourrait en théorie conduire à des frictions entre l’ONG qui finance et le mouvement syndical. En pratique cela n’arrive quasiment pas (excepté au niveau local dans le pays concerné) parce que la plupart des organisations syndicales des pays démocratiques sont méfiantes à l’égard des syndicats étatiques et sont plutôt portées à soutenir les dissidents et les indépendants.

Il n’y a pas de coopération dans le domaine de l’éducation entre les syndicats et les ONG étrangères au mouvement ouvrier. Il existe cependant dans plusieurs pays une coopération entre des syndicats et des institutions universitaires qui ont des programmes de formation syndicale. Aux Etats-Unis des programmes de ce genre à Harvard, Cornell, Yale, Rutgers, Michigan ou UCLA, entre autres, sont bien implantés et appuyés par le mouvement syndical. Leur organisation faîtière, University and College Labor Education Association (UCLEA), est affiliée à la FIAET. Des relations comparables entre des institutions universitaires et le mouvement syndical existent dans certains pays de l’Europe de l’Ouest.


Droits des femmes et égalité

Les relations entre les syndicats et les mouvements de femmes sont complexes et contradictoires. Dès le début les syndicats ont défendu les droits des femmes. Dans l’histoire du mouvement ouvrier, plusieurs femmes ont été des leaders charismatiques : Flora Tristan Moscoso, active en France et au Pérou, était l’auteur de L’Union Ouvrière, un plaidoyer avant-gardiste pour un syndicat général international ; Louise Michel était une dirigeante de la Commune de Paris ; Clara Eissner Zetkin a été à la tête du mouvement des femmes socialistes allemandes et la première secrétaire générale de la Fédération internationale du textile ; Maria Jones ( « Mother Jones ») était une légendaire organisatrice des mineurs nord-américains et fondatrice de IWW (32) ; Federica Montseny a été à la tête de la CNT (33) durant la guerre civile espagnole et en exil ; Marie Nielsen était une enseignante et dirigeante de la gauche danoise avant la seconde guerre mondiale : Margarethe Faas était la secrétaire et la militante de la Fédération suisse des syndicats et l’éditrice de « L’Exploitée/Die Vorkämpferin » dans la première décennie du XXe siècle pour n’en citer que quelques-unes.

En même temps, le mouvement syndical, depuis ses origines, était dominé par la culture de l’ouvrier industriel où, sauf dans le textile, les hommes prédominaient. Ce n’était pas une culture favorable aux femmes. Dans plusieurs pays, les femmes ont dû créer leurs propres syndicats parce qu’elles n’étaient pas bienvenues dans le mouvement syndical existant. Le seul syndicat de ce type encore existant, le Syndicat des ouvrières du Danemark (KAD), a été créé au début du XXe siècle parce que le Syndicat interprofessionnel des travailleurs (SID) avait à cette époque refusé d’admettre les femmes.

Sous la pression croissante du mouvement des femmes les trente dernières années et du fait que les femmes représentent une partie de plus en plus importante de la force de travail, les syndicats ont fait de sérieux efforts dans certains pays pour s’ouvrir aux femmes. Ils ont forcé l’élection de femmes dans leurs structures, remonté les revendications féminines vers le haut des priorités et adapté la culture, les habitudes et les pratiques de leurs organisations pour les rendre plus accueillantes aux femmes. Mais malgré ces progrès constants, quoique lents, le mouvement syndical reste en grande partie une affaire d’hommes, et par là une cible légitime de critique de la part des groupes de femmes.

Durant les dix dernières années l’explosion du secteur informel a révélé la nécessité pour le mouvement syndical non seulement d’organiser les travailleuses, mais surtout celles qui n’ont pas un emploi permanent régulier. Le secteur informel a augmenté pour deux raisons principales : la crise économique mondiale et les changements dans l’organisation du travail.

La crise de la dette des pays en développement (34), le démantèlement du secteur public, la dérégulation du marché du travail due aux programmes de réajustement structurel du FMI et de la BM, la crise globale qui a débuté en Asie en 1997 qui a continué en Russie en 1998 et qui a touché le Brésil au commencement de 1999 ont jeté des millions de gens hors de l’emploi formel dans le secteur informel. Selon l’OIT (35), cette crise a détruit 24 millions d’emplois en Asie seulement, majoritairement dans le « secteur industriel moderne» . En Russie et dans les nouveaux Etats indépendants (de l’ex-URSS), outre les millions de chômeurs, des millions de travailleurs encore dans le secteur formel ne touchent pas leur salaire depuis des mois. Pour tous ces gens, en l’absence de filet de protection sociale, le secteur informel représente l’unique possibilité de survie.

L’autre facteur qui a contribué à la croissance du secteur informel a été le changement de structure de l’entreprise transnationale. L’entreprise transnationale moderne est essentiellement un état-major pour l’organisation de la production, une production qui est effectuée par des sous-traitants, à sa demande et en son nom. Cet état-major comprend la direction et le personnel du quartier général avec éventuellement une équipe de techniciens hautement qualifiés. Il dirige la production et les ventes, contrôle les sous-traitants, décide, à court terme, ce qui va être produit, où, comment et par qui, et d’où certains marchés seront approvisionnés. La production des marchandises et de toutes les opérations de main-d’œuvre, sera sous-traitée, y compris au niveau international. Ce type d’entreprise devient ainsi le coordinateur d’opérations de sous-traitance en cascade qui ne feront pas partie de la structure formelle mais qui en seront cependant totalement dépendantes, avec des salaires et des conditions de travail qui se détérioreront au fur et à mesure que l’on se déplace du centre des opérations vers la périphérie.

La baisse de l’affiliation syndicale dans la plupart des pays industrialisés durant les années 80 et 90 est moins due aux transferts de production et aux délocalisations dans le Sud et à l’Est qu’on ne l’a cru : le démantèlement du secteur formel et la dérégulation du marché du travail au cœur même du syndicalisme industriel ont joué un plus grand rôle. Étant donné que le secteur informel représente une grande majorité de la force de travail dans les pays dits en développement, et une partie croissante dans les pays développés, il est impossible d’imaginer un mouvement syndical à l’échelle planétaire sans organiser sérieusement le secteur informel.

Dans leur grande majorité, les travailleurs du secteur informel sont des femmes. Une majorité de travailleurs exclus du secteur formel par la crise économique globale sont des femmes. Comme le souligne la CISL, (36) les femmes sont les principales victimes de la précarisation du travail et de la paupérisation provoquée par la crise. Elles sont entrées en masse dans le secteur informel durant ces deux dernières années. Selon un rapport de Friends of Women Foundation en Thaïlande (37), les licenciements massifs de 1998 ont touché les industries textiles et électroniques où 90 % des travailleurs sont des femmes. À Moscou, les deux tiers des chômeurs sont des femmes.

Même avant la crise, les femmes constituaient déjà la plus grande partie de la force de travail dans le secteur informel où le travail des enfants est également important. La très grande majorité des travailleurs à domicile sont des femmes (40 à 50 % de la force de travail dans certains secteurs de l’exportation, tels que la confection, les équipements de football ou l’électronique, en Amérique Latine et en Asie) ; les femmes sont aussi la grande majorité des vendeurs de rue sur les marchés informels qui, dans certaines villes africaines, représentent jusqu’à 30 % de l’emploi.

Dans les quelque 850 zones franches qui existent dans le monde, près de 90 % des travailleurs sont des femmes et dans la majorité des cas, sans droits ni protection sociale. Bien qu’elles travaillent dans des usines, elles partagent avec les travailleuses du secteur informel l’absence de protection et de syndicalisation.

C’est dans ce contexte que les syndicats ont commencé à coopérer avec des ONG de femmes informels. Au niveau de l’UE, le « groupe européen sur le travail à domicile » est une coalition de syndicats, d’ONG, d’organisations religieuses et de chercheurs. Son travail a poussé les gouvernements européens à soutenir la Convention de l’OIT sur le travail à domicile adoptée en 1996.

En Grande-Bretagne, il existe des projets locaux d’ONG ou du gouvernement. Une campagne nationale, par le National Group on Homeworking, a obtenu que les travailleurs à domicile bénéficient du salaire minimum et a beaucoup influencé la politique du gouvernement et des syndicats sur le travail à domicile.

Dans les zones franches d’Amérique centrale et du Mexique, l’organisation des travailleuses a pu se faire grâce aux ONG de femmes qui ont toujours soutenu la syndicalisation des ouvrières, parfois, comme au Mexique, contre les syndicats en place (38). En République Dominicaine, Fenatrazona, le syndicat des zones franches, a créé des comités féminins de quartiers réunissant des syndicalistes et des non syndiquées pour discuter de leurs intérêts communs, développer une conscience politique et organiser le soutien mutuel, notamment par l’adhésion au syndicat. Au Guatemala, un syndicat a déposé avec des groupes de femmes un projet de loi au Parlement sur le harcèlement sexuel. Au Pérou, les syndicats se sont alliés à une ONG socialiste féministe, « Flora Tristan », pour la formation et la syndicalisation de leurs adhérentes. Au Ghana, une initiative conjointe syndicat-ONG sur le droit de succession visait à garantir aux femmes une partie des biens du mari. Il existe d’autres exemples de telles coopérations. (39)

Les travailleurs du secteur informel, les femmes en particulier, ont aussi créé des syndicats nouveaux. L’un des premiers, et un exemple pour beaucoup, a été le « Self-Employed Women’s Association » (SEWA) en Inde, qui a vu le jour il y a 25 ans avec quelques centaines de membres et qui en 2000 en compte 210 000 dans quatre Etats de la fédération indienne. SEWA organise les travailleuses à domicile, les vendeuses de rue, les ramasseuses de papier et d’ordures, de résines dans la forêt, etc. Il a créé une infrastructure de services annexes : une banque de microcrédit, un programme de formation professionnelle et syndicale de plusieurs niveaux, des coopératives de production (artisanales, agricoles), des coopératives de service (santé, logement).

En Afrique du Sud, le Self-Employed Women’s Union (SEWU), s’est organisé sur le même mode. Et d’autres pays ont vu des tentatives d’organisations semblables.

Les organisations de travailleuses à domicile et de vendeuses de rue ont formé des réseaux. L’un d’eux, Alliance of Street Vendors, ou StreetNet, comprend des organisations et de groupes de soutien dans onze pays. Il a été fondé en 1995 et a adopté cette année-là la « Déclaration de Bellagio » sur les droits des vendeurs de rue. Le deuxième est HomeNet, un réseau de syndicats, SEWA, SEWU, le Syndicat des brodeuses de Madère (SIBTTA) qui représente également les travailleuses à domicile, ainsi que d’autres associations de travailleuses à domicile (au Bangladesh, aux Philippines, en Thaïlande).

HomeNet et StreetNet, conjointement avec SEWA, d’autres syndicats, des groupes de soutien universitaires et des organisations internationales ont formé un autre réseau international : WIEGO (Women in Informal Employment Globalizing and Organizing), pour la recherche, la réflexion sur la stratégie politique et la création de coalitions.


Environnement

Les préoccupations sociales des débuts du mouvement syndical incluaient un puissant élément de révolte contre la dégradation des conditions de vie de la classe ouvrière urbaine par l’industrialisation capitaliste. Les taudis étaient propices aux maladies et à divers fléaux sociaux et le mouvement syndical cherchait à faire prendre conscience à ses membres de la nécessité de protéger ensemble leur intégrité physique et morale. Le mouvement d’abstinence anti-alcoolique, les services de santé, l’urbanisme socialiste avec son insistance sur la lumière et la circulation de l’air reflétaient ces préoccupations.

Des organisations comme Les Amis de la Nature ont été créées pour permettre aux travailleurs de passer leur temps de loisir dans un environnement sain. Les Amis internationaux de la Nature, fondés en 1895 à Vienne, où se trouve toujours le secrétariat, ont maintenant 20 affilié nationaux et organisations associées à un total de 600 000 membres pour la plupart en Europe (près de la moitié en Autriche et en Allemagne) mais aussi aux Etats-Unis (Californie), au Mexique, en Israël, au Népal et en Australie. Parmi ses buts : « la protection de la nature et du paysage » et « du milieu naturel ambiant » (40) . C’est une des ONG syndicales qui montre un regain d’activité. En Allemagne, les Amis de la Nature se considèrent comme « un pont entre les syndicats, les associations et le mouvement écologiste » et ils ont des projets communs pour la protection de l’environnement avec les syndicats des médias et du bâtiment. (41)

Après la guerre, la reconstruction était considérée comme une priorité en Europe et le productivisme a prévalu sur le respect de l’environnement, y compris dans la social-démocratie. De l’autre côté du Rideau de fer, le développement industriel du bloc soviétique, comme d’ailleurs de la Chine ou la Corée du Nord, lancé sans le contrôle de l’opinion publique par une bureaucratie toute vouée à la démonstration de son pouvoir et de sa gloire, a été le pire exemple de ce productivisme et a eu des conséquences catastrophiques sur l’environnement.

Lorsque l’actuel mouvement pour la protection de l’environnement est apparu dans les années 60, ses relations avec le mouvement ouvrier ont tout de suite été ambivalentes. Les syndicats se souciaient en effet de protéger les postes de travail et, à court terme, ils voyaient les mouvements écologiques comme menaçants pour l’emploi. Parfois, comme dans l’industrie de la forêt au Nord-Ouest des Etats-Unis, dans l’industrie de la baleine en Norvège ou dans l’industrie du tabac où les syndicats ont soutenu la résistance des entreprises aux campagnes anti-tabac, le conflit a éclaté entre les organisations écologistes et les organisations syndicales.

Mais ces dernières années, le mouvement syndical a pris conscience, comme l’ensemble de la population, de la nécessité d’un développement durable et ce nouvel état d’esprit a favorisé de nouvelles formes de coopération entre syndicats et organisations écologistes. Les syndicats ont aussi pu observer l’habileté et la capacité de mobilisation des ONG écologistes qui réussissaient à amener de puissantes sociétés transnationales à la table de négociations. Ils ont donc commencé à les considérer comme des alliés potentiels.

Il existe plusieurs exemples récents de coopération à niveau international entre les SPI et les organisations écologistes.

En juin 1999, la FITBB (42) et le World Wide Fund for Nature (WWF) ont conclu un accord de coopération sur le problème des forêts, en particulier sur les principes du label écologique (43). Les deux organisations ont convenu que les aspects environnementaux et sociaux de la forêt étaient liés et qu’une coopération était nécessaire pour combattre la déforestation et la dégradation de la forêt dans de nombreuses parties du monde. Les principes d’un label écologique auquel les deux organisations réfléchissent ensemble reposent sur le traçage du bois et de tous les autres produits de la forêt, c’est-à-dire sur une gestion très contrôlée de la forêt. Ce label doit être attribué de façon indépendante, transparente, dans une procédure qui prenne en compte les intérêts écologiques, économiques et sociaux, contrairement à d’autres labels dont les critères sont influencés par les propriétaires privés de forêts.

Autre exemple, celui de la Fédération internationale des transports (ITF) et de la Fédération internationale des métaux (FIOM) qui soutiennent une campagne de Greenpeace contre une méthode de démolition en Asie et particulièrement en Inde de navires contaminés. Certains navires sont contaminés par des matériaux toxiques à haut risque, y compris des métaux lourds et de l’amiante. Les deux SPI font remarquer que cette démolition sur la plage pollue l’environnement et met en danger la santé des travailleurs concernés. On ne devrait démanteler que des coques vidées de toutes substances telles qu’amiante, plomb, autres composés de métaux lourds, résidus d’huiles et autres toxiques. Les propriétaires de ces bateaux devraient prendre la responsabilité de les dépolluer avant de les envoyer à la casse. Il faut protéger l’environnement et les habitants des environs. Et les ouvriers qui travaillent à la démolition des navires doivent avoir de meilleures conditions de sécurité et de santé. (44)

L’UITA travaille avec le réseau Pesticide Action Network (PAN) et ses branches locales ainsi qu’avec le « Groupe interdisciplinaire de recherche et d’action dans l’agriculture et la santé », basé au Brésil, (GIAS), sur les pesticides. Avec l’apparition des aliments génétiquement modifiés, son organisation régionale pour l’Amérique Latine a lancé en septembre 1998 le projet BioMater. Il rassemble les syndicats, les organisations de paysans et les ONG qui ont pour objectif la préservation, la production et la distribution de semences. BioMater a créé une banque de semences pour la production organique de semences qui sera enregistrée dans la plupart des pays d’Amérique latine. (45)

La Fédération internationale des travailleurs de la chimie, de l’énergie et des mines, ICEM, a travaillé avec Greenpeace sur un accord avec l’industrie chimique sur le chlore. Greenpeace et d’autres ONG ou groupes locaux ont d’autre part soutenu la campagne de l’ICEM contre Rio Tinto Zinc (RTZ), une grande société minière accusée de mener ses opérations dans des conditions environnementales et sociales inacceptables.

À la Commission sur le développement durable (46) à New York, la CISL a réussi, avec l’aide de plusieurs SPI (ICEM, FIT, UITA, ISP), du Comité syndical consultatif de l’OECD, des représentants des syndicats des Bermudes, du Brésil, du Canada, de la République Tchèque, de l’Allemagne, du Ghana, de l’Italie, de la Norvège, de la Suède et des Etats-Unis, à faire prendre en compte le point de vue syndical sur l’attribution, le but et le contrôle des labels écologiques. Les ONG présentes l’ont aussi soutenu. (47)

Une coopération s’est développée entre les organisations syndicales nationales et internationales et les ONG écologistes et elle est encore appelée à grandir. Reste à savoir si elle se développera plus vite et plus profondément que la coopération entre ONG et les entreprises.


Responsabilité des entreprises

Les effets de la globalisation ont souvent privé les syndicats de leurs moyens de lutte traditionnels ou en ont affaibli la portée. Dans ce contexte, la capacité de mobiliser l’opinion a plus que jamais prouvé son efficacité comme moyen de pression sur les entreprises, et les ONG se sont révélées plus habiles à cet exercice que les syndicats. Ce qui a conduit les ONG à surestimer leur propre rôle (comme d’ailleurs les entreprises elles-mêmes).

Des apologistes du patronat ont tiré la sonnette d’alarme et ont recommandé de ne reconnaître à aucune ONG le droit de représenter la société civile (48). D’autres, consultants en management, plaident au contraire pour la cooptation : ils voient une « dynamique d’avenir » dans la succession des rôles que peuvent jouer les ONG et qu’ils décrivent ainsi : 1) Une ONG soulève un problème et le popularise. 2) Une coalition d’ONG prend la suite et lance une campagne à laquelle le public soit répond bien (par exemple le lait en poudre pour nourrissons) soit répond faiblement (par exemple, Disney). 3) Si le public se montre assez sensible, des organes gouvernementaux s’en mêlent et les ONG participent à l’élaboration des lois, règlements ou codes de conduite jugés nécessaires. 4) Les ONG deviennent parties prenantes dans la surveillance de l’application de ces nouvelles règles. 5) Les ONG deviennent des sources de conseils pour les entreprises dans leurs décisions suivantes (49). Il n’y a pas de meilleure description du processus que celle de l’ancien ministre des Pays-Bas, Jan Pronk, en 1982 : « La corruption des ONG sera l’enjeu politique des années à venir ». (50)

On comprend mieux dans ce contexte les tensions qui ont pu apparaître entre les syndicats et les ONG quand la défense des droits des travailleurs est en jeu, en particulier dans des sociétés transnationales ou dans certains secteurs de l’industrie.

C’est autour du courant en faveur des codes de conduite, très appréciés par les entreprises qui y voient le moyen de se protéger des pressions de l’opinion publique (essentiellement des consommateurs), que ces tensions ont été les plus évidentes. Certaines ONG ont accepté l’idée qu’élaborer et surveiller des codes de conduite constituait en soi une défense suffisante des droits des travailleurs (par exemple en termes de salaire, de conditions de travail, de santé et de sécurité, etc.), même sans reconnaissance explicite des syndicats et sans garantie des droits syndicaux des travailleurs. Dans ces cas-là, les syndicats ont considéré les ONG comme complices des tentatives du patronat d’utiliser les codes comme une échappatoire à la syndicalisation.

En 1990, 85 % des 100 plus grandes sociétés américaines avaient un code de conduite ; en Grande-Bretagne, ce chiffre était de 42 %, aux Pays-Bas de 22 % (51). Cependant, la plupart des codes de conduite incluant des questions sociales ont une couverture limitée et ne garantissent pas les droits syndicaux de base. En 1998, l’OIT a analysé 215 codes de conduite et n’en a trouvé que 15 % qui reconnaissaient positivement les droits syndicaux (liberté d’association et de négociation collective), tandis que 25 % faisaient référence au travail forcé, 40 %, aux salaires, 45 %, au travail des enfants, 66% à la discrimination et 75 % aux questions de santé et de sécurité. (52)

Ce résultat n’est pas une surprise puisque les entreprises ont souvent adopté des codes de conduite comme une stratégie anti-syndicale qui leur permet de prendre les devants de manière paternaliste en offrant des mesures qui leur évitent d’avoir à négocier avec un partenaire reconnu. Comme la CISL l’a souligné, « beaucoup des sociétés basées aux Etats-Unis qui ont été les premières à adopter des codes étaient, en principe et en pratique, opposées aux syndicats » (53). Par exemple, le code de conduite de Caterpillar stipule que la compagnie cherche à « à fonctionner de telle façon que les employés ne ressentent pas le besoin d’être représentés par les syndicats ou des parties tierces ». Le code de Sara Lee Knit Products stipule que l’entreprise croit en « un environnement sans syndicat excepté dans le cas où la loi et la culture exigeraient de SKP de faire autrement ». Le code de DuPont mentionne que « dans la limite que la loi lui impose, la direction encouragera les employés à ne pas se syndiquer mais si ceux-ci choisissent néanmoins de se faire représenter par un syndicat, la direction traitera avec lui de bonne foi ». (54)

Un deuxième problème a été le contrôle de l’application de ces codes. La plupart des codes ne prévoient ni procédure de contrôle indépendante, ni mécanisme de recours. Le point de vue syndical, c’est que l’existence de syndicats indépendants dans toute la filière de fonctionnement des sociétés transnationales est le système contrôle le plus efficace qui soit (55). Mais de nombreuses sociétés se sont donné beaucoup de mal et ont beaucoup dépensé pour faire appel à d’autres contrôles (en créant leur propre système, en contractant des firmes d’audits ou des ONG complaisantes) avec des résultats douteux.

Ces questions non résolues sont à l’origine de l’implosion du « Partenariat de la Maison blanche pour l’industrie du vêtement » (White House Apparel Industry Partnership, AIP) en novembre 1998. L’AIP, aussi connu comme la « taskforce contre les ateliers clandestins », (sweat shops), a été fondé en 1996 à l’instigation du Président des Etats-Unis après les révélations embarrassantes selon lesquelles les vêtements portant la marque Kathie Lee Gifford étaient fabriqués dans des ateliers clandestins à New York et en Amérique centrale. Son but était d’élaborer un code de conduite interdisant de telles conditions illégales de travail. Les sociétés signataires du code devaient pouvoir certifier leurs produits d’un label prouvant qu’ils ont été fabriqués dans des conditions décentes. Alors que les 18 membres de cette taskforce, représentant des entreprises, des syndicats et des ONG, n’arrivaient pas à se mettre d’accord depuis des mois, neuf sociétés et ONG ont commencé à négocier parallèlement et ont présenté le 2 novembre 1998 un « accord préliminaire» prévoyant la création d’un nouvel organisme, Fair Labor Association (FLA) chargé des contrôles, qu’ils ont soumis aux autres membres de la taskforce pour approbation. Quatre autres sociétés ont signé l’accord, mais les syndicats ainsi qu’une ONG, Interfaith Council for Corporate Responsibility – ICCR, l’ont refusé et ont quitté la taskforce. (56)

Le Syndicat du textile et du vêtement (UNITE) a déclaré:

“Cet accord … ne va pas vers un salaire viable ; il ne traite pas de la protection du droit syndical dans les pays où ce droit est systématiquement nié ; il permet aux sociétés de désigner les usines qui seront inspectées par des contrôleurs choisis et payés par elles et soustrait de l’inspection jusqu’à 95 % des installations de production ; il crée de multiples barrières qui empêchent le public d’avoir accès à l’information. Ce sont là des défauts graves dans un code déjà dilué par les compromis antérieurs. Nous sommes aussi conscients que cet accord renforcera la tendance à considérer les codes de conduite volontaires comme des substituts à l’application des lois existantes et à l’adoption de législations et d’accords commerciaux protégent les droits des travailleurs dans l’économie globale. » (57)

Les porte-parole de ICCR mentionnèrent de leur côté que « les principes de base, tels qu’un salaire viable dans la durée et un contrôle indépendant et crédible n’ont pas été traités de manière satisfaisante » et que l’accord « ne spécifie pas ce que les sociétés doivent faire dans les pays où le droit des travailleurs de s’organiser et de négocier librement est réprimé. Les syndicats indépendants, contrôlés par les travailleurs eux-mêmes, sont un élément important dans la lutte pour l’élimination des ateliers clandestins. » (58)

Les événements qui ont suivi montrent que les craintes des syndicats et de ICCR étaient amplement justifiées (59). Mais une hypothèse implicite qui sous-tend toute cette discussion est de savoir si certains des codes de conduite les plus récents n’évitent pas délibérément toute référence explicite aux droits syndicaux afin de permettre aux sociétés de faire des affaires en Chine : le plus grand pays du monde où les droits internationalement reconnus des travailleurs ne sont pas respectés (60). La Chine est d’un attrait irrésistible pour les entreprises transnationales. Tandis que certaines sociétés productrices de biens de consommation s’en sont retirées après la répression du mouvement démocratique et syndical indépendant de juin 1989, qui a tant choqué l’opinion, beaucoup sont restées, certaines sont revenues et beaucoup ont continué à investir durant la décennie qui a suivi. Le patronat occidental s’est en général accommodé du régime, quand il ne s’y est pas soumis (61) et des appels aux entreprises pour qu’elles inscrivent les droits de l’homme sur leur agenda sont restés lettre morte (62). Dans une telle situation, des codes tels que SA8000 leur fournissent un moyen idéal de s’en sortir. (63)

La critique de SA8000 par Labour Rights in China (LARIC)(64) est semblable à celle des syndicats et de l’ICRR contre le code de AIP/FLA. Pour LARIC, SA8000 est « une échappatoire à la responsabilité sociale des entreprises ». LARIC dénonce le manque de formation des contrôleurs et l’inadaptation des procédures de contrôle en général. Il souligne que le droit des travailleurs d’évaluer eux-mêmes le respect de leurs droits fondamentaux leur est confisqué au profit d’auditeurs extérieurs qui sont redevables aux entreprises. SA8000 sape d’autre part l’autorité des Etats à se réclamer des lois du travail pour changer les pratiques et ainsi « privatiser le droit et l’inspection du travail ». « SA8000, comme d’autres codes, peut être un puissant moyen d’écarter ce qui est reconnu comme peut-être l’instrument le plus reconnu, le plus efficace et le plus démocratique de protection des travailleurs : un accord négocié directement et collectivement». (65)

Nous avons déjà souligné que la grande diversité des ONG empêchait un jugement général à leur égard. Les controverses sur les codes de conduite le confirment : il y a des ONG des deux côtés de l’argument. Du point de vue syndical, les codes de conduite ne peuvent pas remplacer les accords négociés internationalement entre les syndicats et les entreprises. De tels accords (par exemple entre l’UITA et Danone ou Accor, entre l’ICEM et Statoil ou entre la FITBB et Ikea) sont fondamentalement différents des codes de conduite bien qu’ils soient quelquefois amalgamés de manière trompeuse dans certains textes. Ils impliquent en effet des droits et devoirs réciproques et négociés et en ce sens, ils sont en fait des accords collectifs. Les ONG qui soutiennent les syndicats dans la recherche de tels accords collectifs sont des alliés du mouvement syndical. Les ONG qui soutiennent les entreprises dans leur tentative d’éviter de tels accords par le biais des codes de conduite sont des alliées objectives du patronat.


Coopération syndicats/ONG : terrains d’entente et potentialités

Les syndicats et les ONG ont en commun non seulement d’être parties de la société civile, mais d’œuvrer à son amélioration. Tous deux peuvent légitimement prétendre servir les intérêts de la société en général. Il n’est donc pas surprenant qu’ils collaborent dans une variété de domaines. Cependant, cette collaboration dépend du choix de l’objectif commun comme aussi leur situation respective : de la source de leur légitimité ; de la transparence ou pas de leurs opérations ; auprès de qui ils sont responsables ; s’ils sont dirigés de manière démocratique ou non.

Lorsque des difficultés sont apparues, c’est souvent le dernier facteur qui était à la base du problème. Pour cette raison, il est aussi nécessaire de comprendre en quoi les syndicats et les ONG sont différents.

Tous les syndicats ont une base clairement définie : ce sont leurs membres devant lesquels leur direction est redevable. Les dirigeants sont élus à intervalles réguliers par des organes directeurs représentatifs tels que les congrès. Les dirigeants peuvent perdre une élection et quelquefois être destitués. Les comptes des syndicats sont généralement publics, sont contrôlés et soumis à l’examen des membres. Les conséquences de la politique des syndicats sont immédiatement ressenties par leurs membres, par exemple sous la forme de bons ou mauvais résultats de négociations collectives.

Le contrôle et l’évaluation des performances des syndicats ont donc lieu en permanence : pour commencer sur le lieu de travail par les membres, et plus formellement dans les organes de direction élus qui se réunissent fréquemment. Les dirigeants syndicaux sont obligés de maintenir une discussion permanente avec les membres sur le bien-fondé d’une politique donnée ; ils doivent mettre en rapport des objectifs à court terme et les objectifs à long terme de telle façon que les membres en comprennent l’enjeu et les soutiennent, tout en s’assurant que leurs décisions politiques reflètent les besoins des membres et leur volonté collective. Un syndicat caractéristique est une organisation démocratique dont les membres se sentent les citoyens et les propriétaires. (66)

Les ONG, comme les syndicats, sont des organisations volontaires, mais elles ne sont pas sujettes aux mêmes règles. Certaines ONG sont des organisations basées sur des membres et se sont donné des structures démocratiques. C’est le cas en principe des ONG syndicales mais aussi d’autres. Mais toutes les ONG n’ont pas nécessairement des membres qui ont un sens de la citoyenneté et de la propriété de leur organisation. Souvent, les ONG ont une direction autoproclamée qui se choisit elle-même par cooptation, elles n’ont de comptes à rendre à aucun membre mais seulement à l’opinion publique et à leurs sponsors, elles n’ont pas à fournir d’informations comptables au public et n’ont pas de procédures de contrôle ni d’évaluation. Cela leur donne une plus grande flexibilité et mobilité pour répondre rapidement aux urgences, mais cela soulève des questions de légitimité, de transparence et de responsabilité.

Des différences culturelles de classe ont joué un rôle. Beaucoup d’ONG (autres que syndicales) sont nées dans la culture de charité et de philanthropie du XIXe siècle. Dans le passé, cela n’a pas nécessairement été un obstacle à la collaboration. Les organisations caritatives et d’assistance sociale, fondées par des réformateurs des classes moyennes et supérieures, ont collaboré avec le mouvement syndical sur des questions politiques telles que l’abolition de l’esclavage et du travail des enfants, le suffrage universel et même sur des questions syndicales. Parmi les exemples connus : Annie Besant, une réformatrice britannique qui a pris fait et cause pour la grève des ouvrières d’une usine d’allumettes à Londres en 1888 et le Cardinal Manning qui a soutenu la grève des dockers britanniques l’année suivante)

Mais une culture caritative est fondamentalement différente d’une culture de solidarité. La charité est par nature autoritaire, c’est une relation du haut vers le bas, entre des partenaires inégaux, tandis que la solidarité est une relation réciproque où des partenaires égaux acceptent des droits et devoirs mutuels. La culture du mouvement ouvrier est une culture de solidarité dans une lutte pour le changement social, tandis que nombre d’ONG ont pour but l’assistance plutôt que le changement social.

Ce n’est que dans les dernières décennies, avec la décolonisation et l’émergence du concept de « tiers monde », la montée des sociétés transnationales et le début de la globalisation, la radicalisation d’une partie des classes moyennes (dans le mouvement estudiantin, le mouvement des femmes, dans les églises sous la pression de la théologie de la libération, etc.), qu’une partie des ONG a également adopté un programme radical de changement social.

Toutefois ce nouveau programme politique n’a pas nécessairement conduit à une relation plus étroite avec les syndicats, pas plus qu’il n’a changé la culture des ONG de manière fondamentale. Au contraire, les syndicats étaient maintenant perçus par leurs nouveaux critiques de la classe moyenne comme conservateurs, bureaucratiques, incapables et même réticents à défendre les vrais intérêts des travailleurs et de la société. L’attaque de la social-démocratie par l’extrême gauche de différentes tendances a eu son écho dans les attaques des syndicats (dominés par la social-démocratie) par certaines ONG. Quelques ONG radicales ont cherché à organiser des travailleurs hors du cadre des syndicats, dans des formes prétendument plus démocratiques, et sont ainsi entrés en conflit direct avec les syndicats.

Mais les pressions engendrées par la globalisation de l’économie et par ses conséquences sociales modifient à nouveau la relation entre les syndicats et les ONG, et leur perception mutuelle. La menace du programme néo-libéral adopté par une majorité de gouvernements, contre la recherche d’une société juste, égalitaire et démocratique, souhaitée par les syndicats et la plupart des ONG, a considérablement renforcé le besoin de coopération. Dans un environnement de plus en plus hostile, les critiques s’accroissent au sein du mouvement syndical contre tout ce qui le retient de remplir sa mission : la bureaucratie, le conservatisme, les luttes intestines qui ne servent que des intérêts personnels et sont dommageables à l’intérêt général, la culture prolétarienne machiste hostile aux femmes, etc., en d’autres termes, toutes ces tares que beaucoup d’ONG utilisaient pour tirer des conclusions générales et rejeter le mouvement syndical en bloc. Le changement de direction et de politique de l’AFL-CIO en 1995 qui, c’est à espérer, n’est que le début d’un processus, est un symptôme de ces pressions. Là où des « nouveaux mouvements syndicaux » ont émergé (en Corée du Sud avec le KCTU, au Brésil avec le CUT et le MST, et en Afrique du Sud avec le COSATU), ils ont pris la responsabilité des problèmes de la société en général. Ils ont forgé des liens forts avec d’autres éléments de la société civile, en particulier avec les associations, et ils ont des programmes politiques de réforme. Les ONG, de leur côté, n’ont pas manqué de remarquer la capacité de résistance des syndicats dans l’adversité et leur capacité à se renouveler (comme d’ailleurs certaines ONG). Ce sont là des conditions favorables à une coopération accrue. Examinons-en les possibilités.

Les questions où la coopération est la plus prometteuse sont celles où ONG et syndicats partagent un principe commun dominant, En pratique, c’est là qu’une coopération s’engage le plus souvent : comme nous l’avons vu entre les syndicats d’ouvriers agricoles et les ONG contre l’utilisation des pesticides dangereux pour la santé, entre les travailleurs de la chimie et les ONG contre la pollution , entre les syndicats et les ONG féminines pour l’éducation des travailleuses, et la défense des droits des femmes. Le but d’une telle coopération est généralement d’influencer l’attitude des autres acteurs de la société, par exemple les autorités publiques ou le patronat.

La défense des droits de l’homme est l’un des points de contact les plus importants entre les ONG et les syndicats. Cela implique que les ONG reconnaissent, premièrement, que les droits des travailleurs sont un problème de droit de l’homme et, deuxièmement, que les droits des travailleurs sont un problème de droits syndicaux parce que les travailleurs n’ont aucun autre moyen d’exprimer leurs intérêts collectifs que par le truchement de syndicats indépendants et démocratiques.

Tous les ONG n’acceptent pas ce point de départ : certaines ONG du développement voient dans la défense universelle des droits syndicaux une forme déguisée de protectionnisme orchestrée par les syndicats dans les pays industrialisés. Les syndicats et d’autres ONG ont fait valoir, contre ce préjugé, que l’absence de droits syndicaux et les conditions inhumaines de travail qui en sont la conséquence ne peuvent pas être tolérées comme un avantage comparatif dans la course au développement. La plupart des ONG et bien évidemment toutes les ONG des droits de l’homme soutiendraient que les principales normes du travail de la Charte sociale adoptée par la Conférence Internationale du Travail en 1998, y compris le droit des travailleurs de s’organiser librement, de négocier et de lutter pour défendre leurs revendications, représentent bien la base des droits humains applicables dans tous les pays.

Mais d’autres conditions sont aussi nécessaires à une coopération : la transparence réciproque, la responsabilité et le respect mutuel. Ce sont là des règles de conduite indispensables à un partenariat constructif entre organisations comme dans les relations sociales en général.

Le respect mutuel signifie que chaque partenaire doit être prêt à respecter et endosser les objectifs de l’autre. Les ONG devraient reconnaître qu’elles ont des responsabilités différentes de celles des syndicats et que, par conséquent, elles ne devraient pas chercher à se substituer à eux à moins qu’il existe des raisons vitales de le faire. (67)

Dans une économie et une société globalisées, les syndicats font face à trois tâches principales : l’organisation des sociétés transnationales, l’organisation du secteur informel et la recomposition de leurs liens avec d’autres acteurs de la société civile. Pour ces trois tâches, ils ont fait des alliances avec des ONG et cette tendance a tout lieu de continuer car elle est bénéfique aux deux parties. Les ONG qui désirent jouer un rôle dans l’intérêt général trouvent dans les syndicats un ancrage de veille dans la réalité que ni leurs membres ni leurs relations avec d’autres acteurs sociaux (comme le patronat ou les gouvernements) ne peuvent leur fournir.

Nous avons déjà décrit les différences entre les syndicats et les ONG. Ces différences en matière de structures, de direction et de culture ont une raison de base : les syndicats sont par nature et non par choix, en lutte permanente contre le patronat et les gouvernements qui défendent ses intérêts. La manière dont une société évolue dépend du changement du rapport de forces global résultant de cette lutte. Les ONG peuvent se donner des rôles différents : se considérer soit comme partisanes, soit comme médiatrices, soit éviter de choisir. Une autre façon de le dire est que les ONG sont dans les intentions tandis que les syndicats sont dans les résultats. C’est pourquoi la responsabilité de construire un mouvement populaire pour le progrès social bien implanté et de déterminer son orientation incombe en grande partie au mouvement syndical. Il partagera cette responsabilité avec celles des ONG qui se définissent clairement, en paroles et en actes, comme des alliées du mouvement syndical.

Un point de départ commun serait de définir le but légitime de toute forme d’organisation sociale, qu’elle soit locale ou mondiale, en d’autres termes, d’affirmer que soit les entreprises, soit quelque système économique que ce soit n’ont de légitimité que dans la mesure où elles servent le bien-être humain au sens large : la satisfaction des besoins de base qui comprennent aussi la justice, l’égalité, la liberté, l’accès à la culture, l’Etat de droit. Ces valeurs et ces principes de base, qui bien évidemment ont besoin d’être élaborés, constituent ensemble un projet de démocratie radicale diamétralement opposée à l’actuel néo-libéralisme hégémonique. Ils devraient devenir le programme que le mouvement syndical et toutes les ONG qui prétendent améliorer la société devraient défendre à tous les niveaux avec les moyens appropriés. L’enjeu est le monde dans lequel nous vivrons dans dix ou vingt ans. L’objectif commun est de reconstituer un mouvement social planétaire, à l’aide des moyens fournis par la globalisation et ses technologies. Ce mouvement social sera le mouvement de libération de l’humanité et ses armes seront le fax et l’ordinateur.

***

NOTES

1. Dan Gallin: “Unions and Transnationals: The Beginnings of an International Response”, in The New International Review (New York), Vol, 3, N° 1, Eté 1980

2. Michel Edwards (Save the Children Fund) et David Hulme (Institute for Development Policy and Management, Université de Manchester): “NGOs and Development: Performance and Accountability in the “New World Order”, un document distribué aux participants d’un atelier international sur les ONG et le développement, Université de Manchester, 27-29 juin 1994, se référant à: Mark Robinson: “Governance, Democracy and Conditionality: NGOs and the New Policy Agenda”, 1993

3. Les ONG ouvrières sont des organisations crées par le mouvement ouvrier pour fournir des services spécialisés à ses membres, par exemple : Arbeiterwohlfart (Allemagne), Norsk Folkehjelp (Norvège), War on Want (GB) (développement et assistance sociale), les Amis de la Nature (dans plusieurs pays) (loisirs, protection de l’environnement), Arbeitsbund für Sport und Körperkultur (Autriche) (sports et loisirs), Arbetarnas Bildningsförbund (Suède), Workers Education Association (GB, Australie, Canada) (éducation et culture). Elles sont financées par les cotisations des membres et par des donations et, dans le cas de l’administration de projets, par des fonds publics ou semi-publics. A ces organisations qui sont actives aujourd’hui et qui représentent un petit reste de ce qui était un vaste mouvement social et culturel, il faut ajouter des organisations de femmes et de jeunesse, des maisons d’édition, des écoles de tous les niveaux d’éducation, des instituts de recherche, des fondations, des banques, des coopératives de logement, de consommateurs et de production dans de nombreux pays (cf note suivante). Leur réseau international comprend la Fédération Internationale des Associations de l’Education des Travailleurs, SOLIDAR, les Amis de la Nature-International, l’Internationale des Femmes Socialistes, International Falcon Movement (jeunesse). Avec les syndicats et les partis ouvriers, cet ensemble forme le mouvement ouvrier international. Pour une perspective historique, il faudrait toutefois inclure une longue liste de toutes les institutions disparues ou devenues insignifiantes au cours des années. Cette perte a été compensée seulement en partie par des ONG ouvrières nouvelles et non traditionnelles créées dans les dernières années par des militants socialistes et syndicaux (par ex. : Culture et Liberté (France), Programa Laboral de Desarrollo (Pérou) ou Labor Education and Research Network (Philippines) (éducation), Solifonds (Suisse) (solidarité internationale), Global Labour Institute (Suisse) et Labour and Society International (GB) (recherche et conseil), HomeNet (GB) et Women Working Worldwide (GB) (organisation et conseil).

4. Cela s’applique principalement à l’Europe, et en particulier à l’Europe du Nord et du Centre, mais aussi à Israël et, dans une mesure moindre, à des secteurs du mouvement syndical en Australie, au Canada, aux Etats-Unis et à certains pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie

5. States of Disarray: The Social Effects of Globalisation, UNRISD, mars 1995; cf aussi: Dan Gallin: ”Inside the New World Order: Drawing the Battle Lines”, dans New Politics (New York), vol. V, n°1, été 199

6. Voir par exemple: Max Wilkinson: “They can run and they can hide”, dans Financial Times (Londres), 14-15 août 1999

7. James K. Galbraith: “The Crisis of Globalization” dans Dissent (New York, été 1999)

8. cf notamment: Tony Blair et Gerhard Schröder: “The Way Forward for European Social-Democrats”, 8 juin 1999

9. Un récent exemple: Nike/Indonésie: Talks Fail, Troops Deployed, par Press for Change (une organisation d’information aux consommateurs qui a fait un rapport sur les droits des travailleurs en Asie), par la Campagne pour les droits du travail (Washington D.C.) 2 septembre 1999

10. Rapport mondial du travail 1997-1998 : Relations industrielles, démocratie et stabilité sociale, OIT, novembre 1997

11. Il y avait 163 millions d’affiliés à des syndicats en 1995 (OIT Rapport sur le travail mondial), dont 124 millions sont affiliés à la CISL (213 organisations affiliées dans 143 pays). Les 39 millions restants sont affiliés à la CMT (environ 3 millions), à ce qui reste de la FSM ou à des organisations régionales sans affiliations internationales. Le total des membres des SPI se recoupe largement bien que pas entièrement avec la CISL ; il est d’environ 130 millions d’adhérents.

12 Cité (p. 132) dans : Peter Schwartz et Blair Gibb: “When Good Companies Do Bad Things”, John Wiley & Sons, Inc., 194 p., 1999

13. Colin Ball et Leith Dunn: “Non-Governmental Organisations: Guidelines for Good Policy and Practice”, The Commonwealth Foundation, Londres, 1995, 97 p; chapitre 1, p. 8

14. Carolina Ortega Barrales: “The Participation of Non-Governmental Organizations in the Public Procedures of the United Nations Commission on Human Rights”, Institut Universitaire de Hautes Etudes Internationales, Geneva, 1998, p. 23.

15. NGO Handbook, Comité de liaison des ONG de développement de l’Union Européenne, Bruxelles, 1998

16. Ball et Dunn, op. cit., chapitre 5, p. 27

17. Les Secrétariats Professionnels Internationaux (SPI) sont des fédérations de syndicats internationaux indépendants organisés par industrie ou branche d’activité économique (par ex. : transport, métaux, chimie/énergie/mines, alimentation/agriculture/restauration, service public, construction/bois, etc.). Il existe 14 SPI et ils sont associés à la CISL. Ils se rencontrent deux fois par an dans une Conférence Générale. Cette conférence n’a pas de constitution et les décisions sont prises par consensus. Cependant elle élit son Président (sur un principe de tournus) et ses représentant aux comités de la CISL. Tous les SPI sont invités au Conseil Exécutif de la CISL où ils ont une voix mais pas de vote.

18. Bob Harris et Alan Leather: “ITS-NGO Relations”, Genève/Ferney-Voltaire, juin 1999

19. Ball and Dunn, op. cit., chapitre 7, p. 38

20. La Déclaration universelle des droits de l’homme, articles 19, 20 et 23(4) (respectivement le droit de liberté d’opinion et d’expression, la liberté d’assemblée et d’association pacifique et le droit de former des syndicats et d’y adhérer) ; Convention internationale de l’ONU sur les droits civils et politiques (article 22 sur la liberté d’association avec d’autres et article 21 sur le droit de rassemblement pacifique) ; Convention internationale de l’ONU sur les droits économiques, sociaux et culturels (article 8, sur le droit de former des syndicats et de faire la grève). Les principales normes internationales du travail protégeant les droits des syndicats sont la Convention de l’OIT sur la liberté d’association (no. 87), négociations collectives (no. 98) et représentants des travailleurs- (no. 135).

21. UITA: Union internationale des travailleurs de l’alimentation, de l’agriculture, de l’hôtellerie-restauration, du tabac et des branches connexes, le SPI pour les travailleurs de l’alimentation, l’agriculture, l’hôtellerie-restauration et du tabac.

22. Mike Gatehouse et Miguel Angel Reyes: Soft Drink, Hard Labour, Latin America Bureau (Research and Action) Ltd., Londres, juin 1987, 38 p.

23. ICCR: Interfaith Council on Corporate Responsibility, une agence créée par le Conseil des Eglises des Etats-Unis avec pour but de surveiller la conduite des entreprises et du patronat.

24. The Coca-Cola Guatemala Campaign 1979-1981, UITA, Genève, 1981, 21 p. et coupures de presse.

25. FITCV : Fédération internationale du des travailleurs du textile, du vêtement et du cuir.

26. International Federation of Chemical, Energy, Mine and General Workers’Union : le SPI des travailleurs de la chimie, du papier, du verre et de la céramique, du pétrole, de l’énergie nucléaire et du charbon.

27. Janneke van Eijk et Ineke Zeldenrust : Monitoring Working Conditions in the Garment and Sportswear Industry, SOMO, Amsterdam, septembre 1997

28. NGO Handbook, Liaison Committee of Development NGOs to the European Union, Bruxelles, 1998, 345 p.

29. Education International ( Revue trimestrielle de l’IE), vol. 5, no 3, octobre 1999, p. 18-19

30. “En tant que partie intégrante du mouvement ouvrier, l’éducation des travailleurs participe à l’établissement d’une société basée sur la justice sociale… La FIAET et ses organisations membres veulent contribuer par leur programme à organiser la lutte contre l’injustice sociale, la pauvreté et la discrimination, en s’alliant à des partis politiques, des syndicats, le mouvement des femmes, les cooperatives, les organisations de jeunesse et d’autres organisations sociales inspirées par les idées du socialisme démocratique. Chaque fois que cela s’avère possible, elle aidera de telles organisations à renforcer leur base idéologique et politique et à former ses membres. » (FIAET, chapitre 10)

31. Responding to the Global Economy – International Study Circle Pilot Programme: Final Evaluation Report, IFWEA / Euro-WEA / WEA-UK, Londres, mars 1999, 20 p.

32. IWW: Industrial Workers of the World, une fédération syndicale révolutionnaire des Etats-Unis fondée en 1905. A son apogée, elle a eu près de 200 000 membres aux Etats-Unis et, à différents moments de son histoire, des branches en Australie, en Grande-Bretagne, au Canada, au Chili, en Allemagne, au Mexique, en Nouvelle-Zélande, en Norvège et en Afrique du Sud.

33. CNT: Confederación Nacional del Trabajo, la plus grande confédération syndicale en Espagne avant la guerre civile (1 million de membres en 1936), anarcho-syndicaliste, dominante en Andalousie et en Catalogne.

34. Le terme “pays en développement” est utilisé ici pour des raisons de convenance, bien qu’il soit inapproprié car il transmet un sens incorrect de progrès social et économique. La plupart des pays regroupés sous cette appellation sont en fait en déclin en termes de niveaux de vie et de force économique.

35. The Asian Financial Crisis – The Challenge for Social Policy, OIT, novembre 1999

36. From Asia to Brazil to Russia – The Cost of the Crisis, ICFTU, mai 1999

37. Women Workers Hit Hard, Bangkok Post, 12 décembre 1998, cité dans ICFTU Trade Union World ( revue de la CISL), mai 1999

38. The Factor « X » in Organising Women Workers, par Marleen van Ruyven, News d’IRENE, avril 1998

39. Trade Unions and the Informal Sector : Towards a Comprehensive Strategy. ILO Bureau for Workers’ Activities, juillet 1999, 64 p.; p 50-51

40. Statuts des Amis de la Nature-International, article 5 : Buts de ANI, n.d.

41. Vorwärts, Revue mensuelle du SPD , Berlin ; avril 1999

42. FITBB : Fédération internationale des travailleurs du bâtiment et du bois, le SPI de la construction et de l’industrie du bois

43. Communiqué de presse de la FITBB, juin 1999

44. ITF News, Nr. 2/1999, p.8

45. Rapport d’activités au Comité exécutif , UITA, Genève, 1998 et 1999

46. La Commission sur le Développement Durable (en anglais : Commission on sustainable development- CSD) a été fondée après la Conférence de l’ONU sur l’environnement et le développement qui s’est tenue en 1992 à Rio de Janeiro afin d’assurer un suivi efficace au Sommet de la Terre de Rio. La CDD se réunit régulièrement chaque année durant 14 jours à New York. C’est un forum pour les gouvernements, les entreprises, les ONG, les syndicats et les agences internationales. En 1999 53 pays en sont membres.

47. CSD Newsletter ’98, vol 1, juin 1998, publiée par : Trades Unions Network on Sustainable Development and Working Group of Social Sustainability /CSD.48. Martin Wolf ; Uncivil Society, dans Financial Times (Londres), 1er septembre 1999

49. Schwartz and Gibb, op. cit., p. 135

50. Cité dans Edwards and Hulme, op., cit., p. 1

51. S.P. Kaptein et H.K. Klamer : Ethische Bedrijfscodes in Nederlandse Bedrijven, Nederlands Christelijk Werkgeversbond, The Hague, 1991 ; cité dans Gijsbert van Liemt : Codes of Conduct and International Subcontracting: a “private” road towards ensuring minimum labour standards in export industries; document présenté à la conference sur “Multinational Enterprises and the Social Challenges of the 21st Century, Louvain, 3-4 mai 1999

52. BIT, document du Conseil d’administration GB.273./WP/SDL/1 et Add. 1, 273ème Session, Genève, novembre 1998

53. Labor and Business in the Global Market (ICFTU-ITS Recommendations and Guidelines Concerning Company and Industry Codes of Labor Practice, Their Implementation and Monitoring), ICFTU, Bruxelles, décembre 1997

54. Caterpillar : Code of Worldwide Business Conduct ; Sara Lee Knit Products : International Operating Principles ; DuPont : Labour Relations Policies and Principles ; cité dans le document de l’OIT GB.273/WP/SDL/1 (Add. 1): “Overview of global developments and Office activities concerning codes of conduct, social labelling and other private sector initiatives addressing labour issues”, (Annex, endnotes 69 and 70), novembre 1998

55. « L’expérience montre que des syndicats indépendants et protégés sont le moyen le plus efficace de mettre fin et de prévenir l’exploitation et les abus des travailleurs. Les codes de conduite ne sont pas aussi efficaces que ce que peuvent faire les travailleurs pour eux-mêmes quand ils sont autorisés à adhérer à un syndicat libre et à négocier collectivement avec leur employeur avec l’assurance que leurs droits sont en sécurité et protégés. Les objectifs des codes sont mieux réalisés quand les gouvernements respectent les droits syndicaux des travailleurs. Les codes auto-promulgués qui ne mentionnent pas les droits syndicaux donnent l’impression qu’il est possible de protéger les intérêts des travailleurs sans respecter leur droit à s’organiser dans des syndicats libres. Cette impression est renforcée où les codes exigent simplement de la société qu’elle respecte les lois et les pratiques nationales. » (CISL, op. cit., p. 2)

Aussi: « Le contrôle indépendant seul … n’est pas suffisant pour assurer le respect des droits minimaux des travailleurs et des normes de santé et de sécurité sur leur lieu de travail et leur environnement. Aucun contrôle indépendant ne peut se substituer à l’organisation indépendante des travailleurs à travers leur syndicat, qui doit être représenté dans les entités de contrôle pour ces dernières puissent accomplir leur travail de manière qu’il ait un sens. » (Ron Oswald, secrétaire général de l’UITA, dans une lettre au International Herald Tribune, 9 juin 1998)

56. Les neuf membres de la taskforce qui ont élaboré l’ « accord préliminaire » étaient Liz Claiborne, Nike, Reebok, Philips van Heusen, Business for Social Responsibility, Lawyers Committee for Human Rights Fund et Robert F. Kennedy Memorial Center for Human Rights. Les quatre autres sociétés qui ont signé l’accord étaient L.L. Bean, Patagonia, Nicole Miller et Kathie Lee Gifford.

57. UNITE Statement on the White House Apparel Industry/Partnership, 5 novembre 1998. Voir aussi : Commentary by UNITE on AIP “Preliminary Agreement” du 2 novembre 1998

58. Déclaration de ICCR, 5 novembre 1998

59. Nike, qui a été un des premiers artisans du code de AIP/FLA, a aussi son propre code de conduite qui mentionne que « en 1998 Nike a sélectionné des ONG partenaires pour participer à des programmes de contrôle/audit dans trois pays : Indonésie, la Chine et le Vietnam – et a annoncé son engagement à rendre publics des résumés de ces audits ».Le 9 septembre 1999 un rapport de Jakarta mentionnait que des négociations en cours pour renouvellement d’un accord collectif avec les plus grand contractant de Nike, PT Nikomas Gemilang (qui emploie 23 000 travailleurs qui fabriquent 10 millions de chaussures Nike par année pour l’exportation) étaient dans l’impasse et que la direction avait appelé l’armée pour intimider les travailleurs. La Campaign for Labor Rights, une ONG américaine, commente : « Le code AIP oblige Nike à respecter la liberté d’association. Entre-temps, des entreprises produisant pour Nike en Indonésie continuent de licencier des militants syndicalistes connus sans la moindre protestation de directeurs de Nike ou d’ « inspecteurs ». Des « inspecteurs » proches des entreprises tels que ceux de Ernst&Young ou Price Waterhouse, malgré leurs contrats cher payés, semblent incapables de détecter des violations des codes, même si celles-ci ont lieu sous leur nez ». (Labor Alerts, Campaign for Labour Rights, 9 septembre 1999. Voir aussi note (8).

60. Cela s’applique également à la Birmanie, au Laos et au Vietnam et, dans une certaine mesure, à l’Indonésie et au Cambodge.

61. CEOs told fortune favours the not so brave in China, par James Harding, Financial Times (Londres), 29 septembre 1999, p. 18

62. Big Business Must Put Human Rights on the Agenda, communiqué de presse de Human Rights in China (HRIC) (Les droits humains en Chine), New York, 8 septembre 1999 et : Fortune Conference Excludes Human Rights, article de presse de HRIC, 27 septembre 1999

63. Social Accountability 8000 (SA8000) veut être une norme sociale de la production de biens et services pour toutes les sociétés de toutes les industries et de tous les pays. Il a été élaboré par le Council on Economic Priorities Accreditation Agency (CEPAA) fondé en 1997. CEPAA est une agence du Council on Economic Priorities (Conseil sur les priorités économiques) basé aux Etats-Unis depuis 1969 et qui est spécialisé dans l’évaluation de la performance sociale collective. CEPAA examine et mandate des organes de certification telles que les sociétés fiduciaires et d’audit. Les entreprises qui désirent une certification SA8000 paient une société d’audit pour faire un contrôle de leur fonctionnement. La procédure est similaire à celle de ISO9000 (qualité du management) et ISO14000 (management environnemental). SA8000 stipule que « l’entreprise devra, dans des situations où la liberté syndicale est limitée par la loi, faciliter par des moyens parallèles l’association indépendante et libre de tout le personnel concerné ainsi que sa capacité de négociation ».

64. Labour Rights in China (LARIC) est une coalition d'organisations à Hong Kong comprenant la Confédération des Syndicats de Hong Kong (HKCTU), le journal China Labour Bulletin et deux ONG: Asia Monitor Resource Center et Hong Kong Christian Industrial Committee.

65. No Illusions – Against the Global Cosmetic SA8000, LARIC, Hong Kong, juin 1999. Voir aussi : The “Code of Conduct” Campaign and Transnational Corporations, LARIC, 20 juillet 1999

66. A l’évidence cela ne s’applique pas à tous les cas : nous connaissons des syndicats bureaucratisés avec un régime interne dictatorial, des syndicats corrompus, des syndicats soumis à des forces externes (employeurs, gouvernements, groupes politiques ou mafieux). Ils sont marginaux. S’ils ne l’étaient pas, le mouvement syndical n’aurait jamais survécu. Il y a également des cas d’ONG frauduleuses et corrompues qui sont aussi marginales. Ici, nous devons définir une typologie, c’est-à-dire focaliser sur les caractéristiques fondamentales des organisations que nous sommes en train de discuter.

67. Il existe des cas où des ONG ont défendu les travailleurs avec succès et les ont organisés dans des situations où les syndicats avaient failli à leur mission. Cela s’est produit où les syndicats n’étaient pas démocratiques (par exemple sous le contrôle de l’Etat ou confisqués par des dirigeants non démocratiques et corrompus) et ont échoué dans leur tâche d’organiser et de représenter leurs affiliés ou, même dans le cadre de structure démocratique et dans un environnement libre, n’ont pas su organiser des groupes significatifs de travailleurs (dans la plupart de ces cas, des travailleuses). Un exemple classique du premier cas est celui de Comité de défense des ouvriers de Pologne (KOR)(68) qui a fait le travail de préparation du mouvement de Solidarnosc. Une illustration du second cas est le travail de la Korean Women Workers’s Association (KWTU) en 1999. Tout comme au Chili (dans le cas des travailleuses saisonnières dans l’industrie des fruits et légumes), au Nicaragua (travailleuses des zones franches) et au Mexique (maquilas), les ONG de femmes prétendent remplir un vide laissé par l’absence d’engagement des syndicats existants à organiser les travailleuses. Il faut remarquer que de tels efforts de la part des ONG, lorsqu’ils réussissent, mènent à la création de nouveaux syndicats et donc à renouvellement du mouvement syndical. Une situation totalement différente apparaît quand une ONG conclut un accord avec une société, par exemple pour contrôler son code de conduite, et assume la représentation des travailleurs de la société sans établir de structures démocratiques et responsables, c’est à dire, des syndicats démocratiques et indépendants, soit en coopération avec des syndicats existants ou en facilitant l’organisation de nouveaux syndicats.

68. KOR : A History of the Workers’s Defense Committee in Poland, 1976-1981, par Jan Josef Lipski, University of California Press, 561 p. 1985