2012

GLOBAL LABOUR INSTITUTE

Rapport d’activités 2012

Introduction

La situation politique

L’offensive de la « Troïka » (le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et la Banque centrale européenne) visant à imposer des politiques d’ « austérité » aux sociétés européennes s’est poursuivie en 2012, et a été répliquée en Amérique du Nord. Bien que la résistance se soit organisée, sous la forme de grèves générales en Europe du Sud, du mouvement « Occupy », des « Indignados » en Espagne et ailleurs, de grèves étudiantes (Chili, Canada, Italie), le mouvement syndical and les mouvements sociaux ne sont nulle part sur le point de pouvoir contenir voire renverser cet assaut.

La Grèce a été touchée de plein fouet. Elle a été décrite comme un « laboratoire » des politiques d’ « austérité », c’est-à-dire un banc d’essai de la manière dont des politiques imposées par le capital international, et qui mènent à une réduction drastique du niveau de vie d’une population déjà appauvrie, à une réduction tout aussi drastique des droits syndicaux et démocratique, et à une privatisation de richesses nationales, peuvent être menées avec succès. Le mouvement ouvrier a bien sûr résisté (22 grèves générales depuis 2000) et un résultat positif devient possible: une victoire décisive de SYRIZA, la coalition de gauche (qui va prochainement devenir un parti), aux prochaines élections (au plus tard en 2016 mais probablement avant).

Un gouvernement emmené par SYRIZA sera, néanmoins, immédiatement la cible de menaces externes et internes. Les menaces externes (en provenance de la « Troïka ») pourrait, dans le meilleur des cas, être parées grâce à la solidarité internationale de la gauche européenne. Néanmoins, les réponses à la crise jusqu’à présent insuffisantes des syndicats de l’Europe du Nord, signifie qu’ils n’ont pas compris qu’il sont les prochains dans le collimateur.

Les menaces internes viendront de l’armée, qui a une direction ultra-conservatrice et a, par le passé, pris le pouvoir d’Etat par des coups militaires. La police a été infiltrée par l’ « Aube dorée » néo-nazie. La première tâche d’un gouvernement emmené par Syriza sera donc de remplacer la direction de l’armée et de la police. Le résultat d’une telle confrontation est aujourd’hui encore incertain.

Le Parti communiste grec (KKE) qui était autrefois une composante importante de la gauche a déchu dans un sectarisme marginal, bien qu’il soit encore puissant dans le mouvement syndical.

Il apparaît désormais clairement que les programmes d’ « austérité » visent à rendre les économies d’Europe et d’Amérique du Nord « compétitives » au niveau global, c’est-à-dire à réduire durablement les coûts du travail et les impôts sur les entreprises (en démantelant l’Etat social). Cela signifie réduire le droit du travail et les conditions de travail au plus petit commun dénominateur.

Il faut prendre en compte les déclarations de quelques représentants de la classe dirigeante. Un leader du patronat français déclarait en 2007 déjà, qu’il fallait se débarrasser du programme du Conseil national de la Résistance (CNR) afin de « rejoindre le reste du monde ». Le programme du CNR de 1944 qui était celui des premiers gouvernements français exigeait, entre autre droits démocratiques, « la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ».

Plus récemment, Mario Draghi, un ancien banquier de la Goldman-Sachs et désormais président de la Banque centrale européenne a déclaré en février 2012 que « le modèle social européen a déjà disparu ». Pour Draghi, quel que soit le résultat des élections, un gouvernement nouvellement élu, indépendamment de sa coloration politique, n’a pas d’autre choix que d’appliquer des mesures d’austérités radicales, d’imposer des « réformes » structurelles du marché du travail et de continuer à démanteler l’Etat social.

Il est désormais tout aussi clair qu’un tel programme ne peut être mené qu’en imposant des régimes autoritaires là où des résistances menacent ces politiques, ce qui, à terme, signifie partout. L’imposition de gouvernements de technocrates non élus (comme en Italie), la militarisation de la police, des législations sécuritaires et des mesures d’actions gouvernementales extra-juridiques (comme aux Etats-Unis), indiquent cette direction. L’enjeu est donc la survie de la démocratie dans les pays industrialisés qui ont été sa patrie depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

Dans un article prescient, Alain Supiot, un chercheur à l’Université de Nantes, écrivit en 2008 que l’Europe se ralliait à une « économie communiste de marché » : « ce système hybride emprunte au marché la mise en concurrence de tous contre tous, le libre échange et la maximisation des utilités individuelles, et au communisme la ‘démocratie limitée’, l’instrumentalisation du droit, l’obsession de la quantification et la déconnection totale du sort des dirigeants et des dirigés ». (disponible sur le site web du GLI, sous la rubrique « Europe »).

A nouveau, la Grèce fournit un exemple parlant: en 2010 la moitié du port du Pirée, le plus grand port de Grèce, a été loué à la Cosco, une entreprise d’Etat chinoise de transport maritime, qui, d’après le New York Times (10 octobre 2012): “a transformé une industrie qui sommeillait en tant qu’entreprise d’Etat grecque en un exemple de productivité.” Ceci a été obtenu par une “réduction drastique des coûts du travail et des règles de protection des travailleurs”.

La Cosco paie ses employé·e·s sept à huit fois moins que ce que prévoit la convention collective de travail grecque et utilise des « agences sous traitantes de travail temporaire qui embauchent des travailleurs temporaires, sans qualifications, et non syndiqués, désespérés de trouver un emploi, et les exploitent en leur payant des salaires très bas. » Batsoulis, un dirigeant du syndicat des dockers, ajoute que la Cosco essaie aussi d’économiser de l’argent en rabotant sur les conditions de sécurité des travailleurs. Les travailleurs syndiqués qui résistent, sont renvoyés, comme ça a été son propre cas. « Si vous travaillez pour la Cosco, vous découvrez soudainement ce que signifie travailler en République populaire de Chine », dit il.

L’article du NYT ajoute que « la rénovation du sol au plafond que la Cosco impose au port du Pirée est ce à quoi la Grèce dans son ensemble doit aspirer si elle veut jamais retrouver la compétitivité pour son économie sapée par la récession », et que « la Troïka des préteurs étrangers de la Grèce ... a avancé des arguments semblables. Entre autre chose elle exige du premier ministre, Antonis Samaris, de faire cesser la protection complète des travailleurs et des syndicats et d’ordonner à la Grèce de fonctionner plus comme une entreprise productive moderne. »

Alors même que tout ceci se passe (et même plus : des travailleurs migrants chinois engagés par des entreprise italiennes de la soie, des accaparements massifs de terres par des entreprises chinoises en Afrique, des investissements dans le monde entier, parfois avec des travailleurs importés de Chine) les travailleuses et travailleurs chinois·e·s, en Chine même et ailleurs, deviennent de plus en plus militants et organisés.

Un observateur du mouvement syndical chinois, qui il y a cinq and à peine pensait que l’ACFTU était la seule organisation possible, écrit désormais : « Aujourd’hui, la classe ouvrière chinoise se bat. Après plus de trente ans de réformes de marché imposées par le Parti communiste, la Chine est incontestablement l’épicentre de l’agitation globale des travailleurs. Bien qu’aucune statistique officielle ne soit disponible, il est sûr que des milliers, voire des dizaines de milliers, de grèves éclatent chaque année. Toutes sont des grèves sauvages : une grève légale n’existe pas en Chine. Donc, chaque jour de l’année, entre une demi-douzaine et plusieurs douzaines de grèves éclatent tout simplement. »

Il existe en réalité des statistiques officielles : les conflits sociaux ouverts (autour des question de travail, de réquisition de terres et d’enjeux environnementaux) sont officiellement estimés à 180 000 par an.

Ces luttes croissantes pour la liberté, la justice sociale, et l’état de droit, amènent des contestations nouvelles et substantielles à la stabilité du régime et à l’autorité du Parti-Etat chinois. Les travailleurs migrants dans les régions côtières, et encore plus la classe ouvrière grandissante qui travaille dans l’industrie relocalisée de la côte vers l’intérieur, sont en train de devenir une force politique. De surcroît, leur conscience est en train de changer : elle est moins basée sur la loi désormais que sur les droits.

Les travailleurs chinois lient désormais leurs intérêts matériels à des exigences d’une nature plus politique, en demandant, avant même une reconnaissance légale, à participer à la gestion de leur lieu de travail et à exercer des droits collectifs. De nombreux travailleurs demandent désormais une représentation collective indépendante, et en mai, une élection directe de représentants syndicaux s’est tenue pour la première fois, dans une usine de composants électroniques de Shenzen. La fédération municipale des syndicats de Shenzen a subséquemment annoncé son intention de tenir des élections similaires dans 163 autres entreprises dans la ville.

Un mouvement syndical chinois indépendant va-t-il émerger à temps pour renverser le « stalinisme de marché » et sauver les syndicats nord-américains et européens de leur destruction sous les coups des régimes autoritaire de « libre-marché » ? La gauche européenne peut-elle rassembler un soutien populaire suffisant pour stopper net le projet néolibéral ? Le mouvement syndical mondial arrivera-t-il à créer des liens pratiques de solidarité entre les syndicats des pays anciennement industrialisés et la classe ouvrière chinoise en pleine croissance ? Ces questions pourraient bien être les plus importantes du futur prévisible.


Le GLI en 2012

Le moment le plus important de l’année a bien sûr été la tenue, à Northern College (UK), de la première Université d’été internationale des GLIs, qui s’est révéla ête un événement très réussi avec 86 participant·e·s venant de 26 pays. Un rapport est disponible sur le site web du GLI (UK) et des copies papiers peuvent être obtenues via internet.

L’Université d’été a clairement comblé le fort besoin, ressenti parmi les syndicats, de disposer d’un espace de discussion libre pour aborder les problèmes rencontrés par le mouvement ouvrier international ; ceci en adoptant un point de vue socialiste et radical indépendant mais sans ornières sectaires, et en fournissant en même temps le savoir et les informations nécessaires à propos du mouvement, de son histoire et de sa politique. Le réseau des GLI a prouvé qu’il était capable de fournir un tel espace.

En conséquence de cette expérience, un intérêt pour la fondation de GLIs dans d’autres pays s’est manifesté, également dans la perspective de régénérer le mouvement ouvrier politiquement et dans ses formes d’organisation. Des camarades de SYRIZA travaillent à l’établissement d’un GLI en Grèce, un GLI est en voie de constitution en Bulgarie, et le Centre Praxis en Russie – un centre de recherche et d’éducation fondé en 1998 – a rejoint le réseau des GLI. Il existe aussi un intérêt pour la formule « GLI » dans d’autres pays, mais sans plus de précisions pour l’instant


Réunions

RF: Romain Felli; DG. Dan Gallin; JK: Joëlle Kuntz; KP: Karin Pape; DS: Dave Spooner; SS: Sean Sweeney; RW: Rebekka Wyler,)

18-19 Février (DG, KP, DS): Critical Labour Studies 8ème Symposium, Université de Salford, Manchester
(DG est intervenu sur: Les travailleurs dans l’économie informelle et le mouvement syndical international : un survol)
(KP est intervenue sur: La lutte pour les droits des travailleur/euse·s domestiques)
(DS est intervenu sur: Construire un réseau international de travailleur/euse·s à domicile).

Premier mai (DG, RW): Comité du Premier mai et Union syndicale de Zürich, Zürich (Orateur invité: Kamal Abbas, CTUWS, Egypte)

3-4 mai (DG): Global Labour University, Atelier: Le pouvoir du travail dans les réseaux de productions et de services globaux des entreprises transnationales, Berlin.
(DG est intervenu sur: Des stratégies flexibles pour répondre au pouvoir des entreprises transnationales)

12 mai (DG, KP): Conférence de femmes de l’UITA, Genève

14 mai (DG, KP) Comité directeur, Réseau international des travailleur/euse·s domestiques, Genève.

15- 18 mai (DG, DS, KP, RW): 26ème Congrès de l’UITA, Genève

30 mai- 15 juin (DG, KP): Conférence internationale du Travail, Genève.

June 1 (DG): Aspasie (Groupe de soutien genevois aux travailleur/euse·s du sexe), Conférence: travailleur/euse·s du sexe et syndicalisme, Genève

July 9-13 (RF, DG, JK, KP, DS, SS): Université d’été internationale du GLI, Northern College, UK.

27-28 Septembre (RF, DG, JK, KP, DS): Réunion du Conseil de Fondation du GLI, Genève

3-4 Octobre (RF, DG): Movendo, Institut de formation des syndicats suisses: deux demi-journées sur le mouvement syndical international, Morges (Vaud)

3-4 Novembre (DG): Symposium: La résistance des syndicats et de la gauche à l’autoritarisme et au totalitarisme, Moscou (sous le patronage de la Confédération russe du travail VKP, Memorial, le Centre Praxis, et le GLI).


5 Novembre (DG): Centre Praxis: Vernissage de l’édition russe de Wilebaldo Solano: Le POUM et la révolution espagnole, Moscou.

23-24 Novembre (DG): Colloque: Le syndicalisme dans ses dimensions internationales, Université Libre de Bruxelles, Bruxelles.

29 Novembre – 1er Décembre (DG): Congrès d’UNIA Congress, Zürich


WIEGO

23-27 Février (DG, KP, DS) Conférence internationale “Building HomeNet in South Eastern Europe”, Sofia
(DS est intervenu sur: Syndicaliser dans l’économie informelle)
3 juin (DG, KP, DS): Conseil consultatif, programme de représentation et d’organisation, Genève

5-7 juin (DG, KP): Retraite pour le 15ème anniversaire de WIEGO 15th, Bellagio
(DG est intervenu sur: Le futur de la syndicalisation des travailleurs/euses informels)


Collège du Travail

Comité: 8 mars, 25 avril , 18 juin, 5 juillet , 17 septembre, 10 octobre (Genève)

Pages de Gauche

Comité: 21 janvier, 30 mars, 15 juin, 21 septembre, 7 décembre (Lausanne)

Solifonds

Comité: 10 avril (Berne )

Publications

Une édition roumaine du Mouvement syndical de Dan Gallin (500 exemplaires) a été publié pour le GLI par Svetlana Boincean à Chisinau (République de Moldavie) en février. Il a été distribué à la délégation des travailleurs de Roumanie à la Conférence internationale du Travail en 2012.

L’édition russe du livre de Wilebaldo Solano El POUM en la Historia a été publié par le Centre Praxis en collaboration avec le GLI en novembre (1000 exemplaires). Le GLI a participé aux frais de traduction avec une contribution de 3500 euros. Le vernissage s’est tenu à Moscou le 5 novembre, avec la participation de Julia Guseva, traductrice et éditrice, Dan Gallin et Richard Greeman de la Bibliothèque Victor Serge.

Notre intention originale était que Solano en écrive la préface. Malheureusement le temps a joué contre nous. Solano est décédé le 7 septembre 2010 à Barcelone, à l’âge de 94 ans. A la demande de sa veuve, Maria Teresa Carbonnell, DG en a écrit la préface.

Le GLI UK a publié le rapport sur l’Université d’été internationale du GLI qui s’est tenue en juillet: des copies papier (en anglais) peuvent être commandées auprès d’un éditeur de livres électroniques (voir: http://global-labour.net).


Secrétariat

Le Secrétariat a été endeuillé par la mort soudaine d’Oscar Payuyo. Oscar était responsable, avec sa femme Nora, de l’entretien et du nettoyage du bureau du GLI, mais surtout s’est révélé d’un secours exceptionnel lors de l’installation du bureau et de la construction de son infrastructure. Oscar a été hospitalisé pour des problèmes respiratoires le 17 avril et est décédé la nuit même d’un arrêt cardiaque. Il était âgé de 62 ans.

Karin Pape a travaillé essentiellement comme conseillère pour l’Europe de WIEGO, où elle demeure activement engagée dans les mouvements des travailleur/euses-s domestiques et à domicile. Elle poursuit un travail à temps partiel au GLI comme assistante administrative.


Finances

Mme Mariane Grobet-Wellner est chargée des comptes du GLI pour l’exercice en question. M. Roland Laube (BERO Treuhand AG) effectuera la révision des comptes de 2012.